LIVRE DIX-NEUVIÈME
Dès Tannée 1602, le roi cherchait un lieu sûr et commode pour y déposer l'argent de ses finances: celifi qu'il destinait à l'exécution de ses desseins avait jeté les yeux sur la Bastille , où il avait fait construire des coffres et pratiquer toutes les autres commodités nécessaires. Il s'était même cru obligé de rendre sur cet article une ordonnance pour mettre de l'ordre dans cette nouvelle disposition, pour prévenir la confusion entre les différens employés, et pour empêcher que les receveurs ne se trouvassent compromis avec la chambre des comptes. Voici quelle était la teneur de ce règlement.
On ne devait porter à la Bastille que ce qui demeurait à sa majesté de net, toutes dépenses, soit ordinaires, soit extraordinaires , prélevées sur les revenus du quartier où elles échéaient. L'argent était remis aux mains du trésorier en exercice , en présence du surintendant des finances et du contrôleur- général ; c'est Jean de Vienne qui exerçait alors ce dernier emploi : nous en prenions chacun une clef lui et moi, et il en restait une troisième à ce même trésorier. Lorsque son année d'exercice était finie, il recevait un certi-
ficat, signé de moi et de de Vienne, des sommes qui étaient entrées dans les coffres du roi ?pendant sa gestion, qu'il remettait à son successeur alternatif, et il en retirait un acquit pour servir à sa décharge en le représentant. Le trésorier entrant pouvait demander à vérifier le contenu du certificat par l'inspection des sommes renferfnées au trésor. Sur la simple quittance dont je viens de parler, le trésorier était autorisé à dresser son compte , et la chambre des comptes ne pouvait refuser de le lui passer, sans autre examen, en cet état.
Sa majesté jugea encore qu'elle devait une bonne fois rendre sa volonté publique, et justifier sa conduite tant sur cet amas d'argent que sur les changemens qu'on avait déjà vus , et qu'on allait en* core voir arriver dans les finances, ce qu'elle fit dans un conseil assemblé extraordinairement pour ce sujet. Le chancelier reçut du roi et notifia la liste de ceux qui devaient le composer, consistant en des députés des cours souveraines de Paris, aussi nommés par sa majesté, les principaux membres de son conseil et les premiers administrateurs de la justice, finance et police. Ils se trouvèrent au jour marqué dans le grand cabinet du Louvre qui est au bout de la salle des gardes, joignant celui de la chambre du roi.
Sa majesté y entra lorsqu'ils furent tous assem-