LIVRE DIX-NEUVIÈME
la même somme que ces offices leur avaient coûté.
6°: La mauvaise régie avait fait que jusqu'à présent les dettes delà couronne aux cantons suisses, loin de diminuer, avaient toujours été en augmentant* J avais déjà si bien fait changer cette partie de face, qu'un million payé à propos en avait acquitté huit, moitié sur les arrérages, moitié sur le principal. En Rappliquant de même au reste , l'étfct se trouverait dans peu libre de cette dette. „ * 7°. Autant qu'il était facile de faire rentrer le roi en possession de son domaine aliéné , autant lui était-il avantageux d'en aliéner je ne sais combien de petites parties , consistant en fonds de terre et en droits, dont les frais , soit pour réparations, baux à ferme et perception, soit sous prétexte de poursuites, de remises, d'améliorations et autres choses semblables, étaient si prodigieux par la connivence de messieurs les trésoriers des finances , qui en quelque sorte en profitaient seuls, que, suivant le calcul que j'en avais fait , en réduisant dix années à une commune, il s'en fallait de plus d'un cinquième qu'il n'en revînt la première obole au roi ; c'était là le grand brigandage des bureaux des finances. En aliénant toutes ces parties au denier prescrit par l'ordonnance, le roi y devait gagner plus que le double, puisqu'il n'avait qu'à racheter des deniers de cette vente
des parties de ses rentes constituées au denier dix.
8°. Il y avait plus, par rapport à ces retraits de revenus royaux aliénés. Un parti de traitans m'avait offert d'en faire revenir pour quarante millions au roi, sans qu'il fût obligé de rien payer pour le remboursement , moyennant qu'on leur laissât le choix de ces parties, et qu'on convînt d'un certain nombre d'années qu'ils en jouiraient, et après lesquelles ils les remettraient au roi, francs et quittes de toute dette. Au lieu d'accepter leuV4 proposition , sa majesté n'avait qu'à faire par ellemême les profits qu'apparemment ils y trouvaient.
9°. La France avait en main un moyen sûr de s'attirer tout le commerce de l'Océan et de la Méditerranée, et de le voir tout d'un coup, sans de grands frais, jusqu'au centre de ses provinces. 11 devait lui en coûter pour cela de joindre par des canaux la Seine avec la Loire, celle-ci avec la Saône, et la Saône avec la Meuse 1 ; mais aussi le
1 Avant le ministère du duc de Sully , on n'avait pas encore songé en France à tirer parti des rivières, auxquelles on convient cependant que ce royaume doit ses richesses et son abondance. Il commença par le canal de Briare, comme on verra bientôt, et il ne put pas aller plus loin. Rien peut-être n'immortalisera plus le règne de Louis le Grand, que cet admirable canal pour la jonction des deux mers. L'utilité que Y état retire de ces deux entreprises si heureusement exécutées,