LIVRE DIX-NEUVIÈME. l4l
Le plan que Henri s'était tracé pour l'intérêt de l'éfcit exigeant donc qu'il cherchât tous les moyens d'augmenter ses finances, au lieu d'y faire tous ces retranchemens dont les prétendus zélés ne cessaient de l'entretenir , sa majesté me demanda . mon avis en particulier sur ces moyens. Les progrès que j'avais faits en matière de finances m'en firent découvrir qui, sans être trop onéreux aux peuples, me parurent d'une grande ressource. Ten rassemblai neuf des principaux dans un nié- • moire que je présentai à sa majesté. Les voici :
• : i°. Les traitans qui avaient administré dans les
derniers temps les fermes les plus considérables des finances, sous couleur de différens emplois nécessaires en apparence, en avaient diverti les deniers, ensuite les avaient fait passer en compte à la ruine de l'épargne, qui paraissait les avoir reçus , sans pourtant en avoir rien touché. Cet article avait obéré la couronne de plusieurs millions. Je demandais une révision de tous ces comptes et états , afin de pouvoir tomber sur ces traitans, qui n'étaient pas si bien cachés sous les différens noms dont ils s'étaient servis pour ces vols que je ne pusse bien remonter jusqu'à eux.
20. Le clergé de France venait de déférer, par la bouche de ses cardinaux, archevêques et évêques, Cas tille, son receveur-général, comme malversateur. Leur requête, qui m'avait été adressée ,
l4a MÉMOIRES DE SULLY.
était accompagnée d'un mémoire si net et si positif des articles d'accusation , qu'il ne tenait qu a sa majesté de se faire restituer les sommes immenses que ce receveur avait détournées.
3°. Tous les financiers et gens d'affaires, les trésoriers de France surtout, grands destructeurs de la finance , pouvaient être associés avec Castille , par la création d'une chambre de justice, et elle ne pouvait manquer de produire de grands avantages, pourvu qu'on sût en exclure la brigue et les souterrains, qui la rendent ordinairement de nul effet.
4°. Les abus dans l'aliénation du domaine étaient si palpables , que plusieurs de ceux qui étaient actuellement en possession jouissaient sans titre, et par une pure usurpation , et les autres avaient acquis à si vil prix, qu'ils avaient été plus que remboursés dans la seule première année, sur le pied du denier seize, alors courant : c'est ce que je fis toucher au doigt à sa majesté, qui empêchait qu'on ne fît une exacte vérification de ces aliénations, afin de l'engager à consentir qu'on retirât tous ces biens, ou qu'on obligeât les acquéreurs à en solder la juste valeur.
5°. Même abus et même opération sur différentes charges et offices, dont on forcerait les possesseurs ou à suppléer sur le pied de leurs finances, ou à recevoir pour le remboursement