IV
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chacun de ces chefs , lorsque j'en fis mon rapport au roi, et j'y ajoutai celui de la vérification des rentes, qui n'y était point compris. Ce prince , qui s'était sans doute attendu à tout autre chose, et
que sa vivacité naturelle empêcha de faire à mes discours toute l'attention nécessaire , me fît d'abord mille difficultés sur tous ces projets : il les trouvait grands, à la vérité, mais les ims trop vagues, les autres de peu de rapport, quelques-uns de pénible exécution , quelques autres difficiles à concilier entre eux ; c'est qu'il ne les comprenait pas encore. Je savais bien ce qu'il fallait à sa majesté , et ce qui aurait été plus de son goût : des augmentations d'impôts, de nouvelles créations d'offices , de nouvelles aliénations de domaines. Je pouvais , en lui produisant un projet que j'avais formé sur ces moyens, faire venir quatre-vingts millions comptant dans ses coffres, et plus de soixante autres millions en faisant un bail de cinq millions par an , dont j'avais augmenté six de ses fermes ; mais je fis facilement convenir Henri que, si ces moyens étaient fort prompts, ils seraient aussi très-onéreux au peuple; qu'on ne devait y avoir recours que dans le besoin le plus pressant, et employer le loisir que donne la paix à mettre en œuvre ceux qui demandent plus de temps et de soins, tels qu'étaient les neuf que je venais de lui proposer. Je l'assurai pourtant que ces parties ,
livre dix-neuvième. 1/17 dont il avait para faire si peu de cas , en les ménageant à propos et les faisant suivre Tune par l'autre, pouvaient, avec le temps, le faire riche de . deux cents millions.
Le roi revint à mon avis , et nous arrêtâmes qu'on commencerait par la vérification des rentes de l'état , lorsque j'eus fait voir à sa majesté , par de bons extraits , et pâr d'autres pièces authentiques de la chambre des comptes , de la cour des aides et autres bureaux , que cette opération pou- ♦ vait, sans la moindre injustice, faire revenir six millions au trésor royal. 11 y entra si bien dans la suite , qu'il se montra le plus impatient de la voir commencer , et qu'il ne m'écrivait pas une lettre où il ne m'en parlât.
Pour y réussir, je crus qu'il était nécessaire que sa majesté établît pour cela seul un conseil ou bureau. La chambre des comptes s'y opposa , mais ou n'eut aucun égard à ses raisons. Ce conseil fut composé de Châteauneuf , Calignon et Jeannin , des présidens de Thou et Tambonneau , alternativement , et de Rebours , d'un trésorier et d'un greffier, qui étaient Le Gras et Regnouard. J'en étais le chef, et j'y assistais lorsque mes autres occupations me le permettaient ; mais lorsque je ne pouvais m'y trouver , tout ne laissait pas de se conduire suivant le plan que j'en avais
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dressé pour servir de règle Il n'y aurait rien que d'ennuyeux à le rapporter ici. U suffira de dire que j'y avais fait une distinction très- nette et très-exacte entre les rentes de tant de différentes * créations et de fonds différens ; car il y entavait d'acquises à un tiers d'argent, d'autres à une moitié, d'autres tout en argent; il y en avait qui avaient peu coûté aux propriétaires , d'autres entièrement frauduleuses, et d'autres fidèles. On ne toucha à celles-ci que pour les assurer davantage sur le pied de leur première origine ; pour toutes „ les autres , elles furent, suivant le degré de fraude ou d'injustice, ou tout-à-fait éteintes, ou remboursées sur le pied du principal , ou réduites sur le pied du denier dix-huit, du denier vingt, et quelques-unes même du denier vingt-cinq. Il y en eut dont les possesseurs furent assujettis à rapporter les arrérages qu'ils avaient perçus injustement , et d'autres dont les arrérages touchés furent imputés sur le principal , qui servirent à amortir. L'état y gagna encore une suppression de quantité de receveurs payeurs des rentes , qui le chargeait d'un fardeau inutile : je n'y en ai laissé qu'un seul.
1 Ces réglemens sont plus amplement détaillés dans les anciens mémoires. Les personnes de finance pourront les y consulter.