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Philippe- Auguste et Charles le Sage 1 , et je voudrais qu'on détournât les yeux de dessus tout le temps qui s'est écoulé depuis Charles VIII jusqu'à nous; et si j'avais un principe à établir, ce serait celui-ci : Que les bonnes mœurs et les bonnes lois se forment réciproquement. Malheureusement pour nous, cet enchaînement précieux des unes avec les autres ne nous devient sensible que lorsque nous avons porté au plus haut point la corruption et tous les abus en même temps, en sorte que, parmi les hommes, c'est toujours le plus grand mal qui devient le principe du bien.
Les réglemens pour l'augmentation et la sûreté du commerce paraissant à Henri devoir tenir un
1 II serait peut-être plus juste de retrancher encore les trois premiers, et de s'en tenir au seul Charles V. En examinant le caractère de Henri IV et celui du duc de Sully, on trouve dans le premier les principes d'un Romain, et dans le second ceux d'un bon Lacédémonien. Les maximes répandues ici tiennent un peu de toutes ces deux idées mêlées ensemble. J'ai marqué plus haut quelle modification on pouvait apporter à l'humeur trop austère de Sully. Je prendrai ici la même liberté sur l'humeur trop guerrière de Henri. Il est sans contredit que l'esprit militaire est nécessaire dans un grand état; il faut l'y entretenir avec soin, mais lui opposer, comme à un torrent, des digues qu'il ne puisse franchir. La seule réputation de valeur produit presque tous les mêmes effets que l'usage qu'on en pourrait faire. Un principe à mettre au nombre des préceptes naturels, c'est qu'il n'y a point de moyens qu'il ne faille préférer à la guerre, lorsque par eux l'on peut arriver au même but.
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des premiers rangs dans l'état, c'est aussi de ce ' côté-là qu'il employa la meilleure partie de ses soins. Le projet du canal pour joindre la Seine à la Loire 1 ayant été ratifié , je me transportai moimême sur les lieux , afin qu'il n'y eût aucun mécompte dans les préparatifs qui devaient précéder l'exécution, soit à prendre les hauteurs et à niveler le terrain, soit à profiter de toutes les commodités qu'on pouvait en tirer. Je ne mis pas beaucoup de temps dans ce voyage, le roi m'ayant rappelé
• C'est le canal de Briare, lequel prend depuis cette petite ville jusqu'à celle de Montâtes, qui en est distante de dix lieues. Il devait être continué jusqu'à Moret; mais cette partie du projet n'eut point lieu ; le canal fut même abandonné, après qu'on y eut dépensé plus de trois cent mille écus, par la malignité des envieux de Rosny, ou, selon Mézerai, par le changement de ministère. Cet ouvrage était alors fort avancé : on la repris depuis, et enfin il a été achevé. De Thou donne beaucoup de louanges à Sully, en le reconnaissant pour l'auteur de ce dessein. (Liv. Ce qui est encore mieux prouvé par les plaques, ou espèces de médailles d'argent et de cuivre qu'on a trouvées en 1737, en travaillant aux écluses de ce canal , et qu'il paraît qu'on n'aurait pas dû ôter. Le comte de Buron, l'un des intéressés à ce canal, a renvoyé au duc de Sully celles de cuivre, qu'il garde dans son cabinet de médailles, et a gardé celles d'argent, à cause de leur valeur : l'une de ces médailles de cuivre est empreinte des armes du duc de Sully, et une autre porte cette inscription : « 1607, « Maximilien de Béthunc , sous le règne de Henri IV, par les « mains de messire Pierre Ozon, pour lors maire et gouverneur « deMontargis-le-Franc.»Le duc de Sully a déjà recouvré une partie des mémoires et des autres pièces qui concernent ce canal.
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près de sa personne presque aussitôt que j'en étais parti. Je réglai pareillement plusieurs affaires de commerce dans le voyage qu'on a vu que je fis en Poitou.
La plus importante et la plus embarrassante fut celle qui survint cette année avec l'Espagne, au sujet du commerce réciproque des deux nations ' . Le roi d'Espagne avait mis l'année précédente une imposition de trente pour cent sur toutes les marchandises qui aborderaient de France en Espagne, ou en Flandre, aussi-bien que sur celles qui sortiraient de ces deux états pour être apportées en France : impôt criant, qui révolta autant les sujets du roi d'Espagne, dans les deux états de sa dépendance, qu'il scandalisa les Français. Le roi riposta par une défense expresse de tout commerce avec les sujets du roi d'Espagne et des archiducs, et par une taxe encore plus forte sur les marchandises espagnoles abondantes à Calais ; mais la défense ne fut pas capable d'empêcher le transport en fraude de nos denrées dans le pays ennemi. Les marchands français trouvèrent encore, malgré le nouveau monopole, de si grands profits à faire sur nos grains , nos toiles et nos autres marchandises, dans la disette que l'Espagne souffrait de toutes ces choses, qu'ils s'exposaient à toute la rigueur de la loi. Il en arriva même une
• Septénaire , année 1604.
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espèce de révo
lté dans la ville de Marseille, dont le président du Vair donna avis en cour, marchands de cette ville voyaient impati que, pendant qu'on les forçait de demeurer les bras croisés, les Italiens venaient à leur barbe leur enlever leurs denrées et leur dérober leurs profits. Cette permission accordée aux Italiens par sa majesté n'était pas, ce me semble, bi^' entendue.
Les Anglais, ravis de ce nouvel incident, loin de chercher à rapprocher les esprits , fomentèrent au contraire sous main la désunion, parce qu'ils faisaient en fraude ce que les Italiens avai fait en vertu d'une permission. On fut informé que huit à neuf vaisseaux anglais étaient venus charger des grains de Sables d'Olonne, d'où ils étaient allés débarquer à Saint-Sébastien. Il fallait bien que les Espagnols eussent compté sur cette ressource secrète, sans laquelle leur défense serait retombée sur eux-mêmes. Henri s'y était attendu dans le commencement, et cette espérance que l'Espagne se ferait plus de tort qu'à nous, jointe à la honte qu'il crut voir rejaillir sur sa couronne, si son ennemi paraissait ainsi disposer de son commerce, lui fit encore tenir la main fort raide à l'observation de sa défense. Il m'ordonna d'envoyer un homme de confiance, revêtu de son autorité, pour punir les contraventions à son or-