LIVRE DIX-NEUVIÈME. I
du depuis long-temps deux cent cinquante écus à un marchand de vin de Gisors, qui avait autrefois fourni le, vin pour sa maison. Sa majesté me l'envoya pour le payer , et pour l'indemniser du retardement. « Ma conscience, m'écrivait-il , m'oblige « d'avoir pitié de ce pauvre homme. » Je n'ai peut-être que trop inséré ici de ces sortes de traits. Ce serait bien autre chose si je présentais au public toutes les lettres que ce prince m'a écrites.
Quant à ces autres idées , dont l'objet plus élevé se rapporte, ou à l'intérêt, ou à la gloire, ou au bonheur de l'état , ce prince ne les perdait jamais de vue , pas même dans le sentiment de ses peines ni de ses plaisirs. Pour voir si mes idées se rapportaient aux siennes , il me demandait depuis long-temps et il voulut que je lui donnasse un mémoire de tout ce que je croyais capable de renverser, ou simplement de ternir la gloire d'un puissant royaume. Je crus ne pouvoir mieux répondre à son intention qu'en lui en présentant un d'une si grande simplicité, et avec si peu de ces ornemens inutiles du style, que d'un seul coup-d'œil il pouvait le parcourir tout entier. Ce n'était qu'une éniunération , sans explication ni preuves , des abus qui se glissent ordinairement dans les états. Je la présente ici à mes lecteur , à qui elle peut servir du moins d'abrégé des prin-
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cipes qu'ils ont vus, et qu'ils doivent s'attendre à voir répandus dans ces mémoires.
Ces causes de la ruine ou de l'affaiblissement des monarchies , sont les subsides outrés, les monopoles, principalement sur le blé, le négligeront du commerce, du trafic, du labourage, des arts et des métiers , le grand nombre de charges , les frais de ces offices , l'autorité excessive de ceux qui les exercent, les frais, les longueurs et l'iniquité de la justice, l'oisiveté, le luxe et tout ce qui y a rapport , la débauche et la corruption des mœurs, la confusion des conditions, les variations dans la monnaie, les guerres injustes et imprudentes , le despotisme des souverains, leur attachement aveugle à certaines personnes, leur prévention en faveur de certaines conditions ou de certaines professions, la cupidité des ministres et des gens en faveur , l'avilissement des gens de qualité , le mépris et l'oubli des gens de lettres, la tolérance des méchantes coutumes, et l'infraction des bonnes lois, l'attachement opiniâtre à des usages indifférens ou abusifs, la multiplicité des édits embarrassans et des régiemens inutiles.
Si j'avais à choisir entre toutes les formes de gouvernement dont on a des exemples dans cette monarchie, je proposerais Clovis, Charlemagne,