‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 91 sur 245 · LIVRE DIX-NEUVIÈME. 20t · texte numérisé non relu

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mon pouvoir , mais je trouvais qu'il y avait bien

des choses à observer dans la forme. Cette affaire

: prenant un tour à ne pas se conclure si tôt, je partis pour mon voyage de Poitou , pendant le-

* quel Henri, n'écoutant que son impatience, et persuadé qu'il ne pouvait jamais y avoir de grands « risques, fit reprendre l'affaire par MM. de Bel-

i lièvre, de Villeroi, de Sillery et de Maisse, qui consommèrent le marché avec M. le comte par un contrat d'échange. A mon retour, le roi me l'apprit et me vit très-surpris de ce qu'on avait été si vite. Il en voulut savoir la cause; il me fit même une espèce de reproche de ce que je me déclarais contre l'acquisition d'une belle terre qui avait passé, des mains de mes ancêtres, aux prédécesseurs de M. le comte. C'est pour cette raison que j'étais plus au fait que personne sur cette matière; et voici ce que j'en appris à sa majesté.

Du temps que ce comté était encore possédé par les comtes de ce nom, il y avait eu de grands débats pour savoir s'il relevait du comté de Boulogne ou de celui d'Artois, c'est-à-dire de la France ou de l'Espagne. Cette affaire étant de celles dont

ne se fait pas facilement, il fut convenu , dans les derniers traités faits par François Ier et Henri II avec les rois d'Espagne, que

jusqu'à ce qu'il eût été autrement décidé, il serait libre aux seigneurs de Saint-Paul de relever de celui des deux comtés qu'ils aimeraient le mieux. Les comtes de Saint -Paul suivans préférèrent l'hommage du comté d'Artois, et, par cette préférence, donnèrent à l'Espagne une espèce de droit qui était capable de rallumer la guerre d'abord que le roi de France, possesseur de ce fief, déclarerait ne vouloir plus relever que du comté de Boulogne , qui était lui-même ; et il ne pouvait, sans une espèce de déshonneur , faire autrement. Il était triste de voir recommencer la guerre pour une bagatelle de cette nature, et honteux de l'éviter en se soumettant à rendre hommage à une couronne qui le devait elle-même à la France. Le roi avoua que j'avais raison. Le remède qu'on trouva fut de rompre le premier contrat, et d'en passer un second sous le nom d'une tierce personne, remettant à se déclarer lorsque les choses seraient au point de pouvoir le faire sans se compromettre.

La discussion de cette affaire se fit à Fontainebleau, où Henri fit cette année un long séjour. Il y fit venir de Saint-Germain le dauphin et ses autres enfans. Sa première idée fut que M. le dauphin ne passât point par Paris en faisant ce voyage , mais je le fis changer d'avis. Les enfans de France

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vinrent coucher à Saint-Cloud, traversèrent. Paris avec madame de Monglat, leur gouvernante, et se rendirent à Fontainebleau par Savigny.

Sa majesté fit recevoir dans Tordre de Malte celui de ses enfans naturels qu'on appelait Alexandre Monsieur \ Elle donnait de Fontainebleau ses ordres pour ses batimens. On y fit la même dépense cette année que les autres , et plus grande encore, parce qu'on y ajouta les batimens destinés aux nouvelles manufactures. C'était à moi à obéir. J'obéis à regret et sans ouvrir la bouche. Je me souviens seulement que, comme dans le même temps on voyait aussi s'établir en France , par la mission du pape, un grand nombre d'ordres religieux, je citai à sa majesté l'exemple de Charlemagne pour les uns , et des Romains pour les autres.

Mahomet III étant mort de la peste , Achmet , son fils, qui lui succéda, âgé seulement de quatorze ans, pour apaiser les rumeurs contre le mauvais gouvernement , chassa sa grand'mère qui en était la cause. Sinan Bâcha, qui servait de con-

• Cette cérémonie se fit dans l'église du Temple, en présence du légat et des ambassadeurs. Le petit prince ne pouvant prononcer lui-même ses vœux, Henri IV, par un mouvement de vivacité, descendit de son trône, et vint les faire pour lui entre les mains du grand-prieur. Il promit de les faire ratifier à cet enfant lorsqu'il aurait atteint seize ans. De Th

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seil à cette princesse, fut cité pour rendre compte de sa conduite; mais, au lieu d'obéir, il prit la fuite. La Perse , qui était en guerre avec cette couronne, profita de cette confusion pour s'emparer de quelques villes. Notre ambassadeur à la Porte était le sieur de Salignac.

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