LIVRE DIX-NEUVIÈME. igg
venus et de ces droits, mais sans que les recteurs du pont satisfissent à l'obligation qu'ils avaient contractée. A la fin, ce fonds primitif se . trouva dissipé et perdu, on ne sait pas trop comment ; et pendant ce temps-là les officiers de sa sainteté firent différentes entreprises pour se mettre en possession du pont et des droits. Rien ne leur parut plus propre à cela que de prendre volontairement la charge des réparations qu'il fallait y faire ; ils voulurent y travailler de temps en temps; mais, quoique le conseil de sa majesté ne fit pas, à beaucoup près, sur cette démarche d'usurpation, tout ce qu'il devait, les poursuivans furent pourtant toujours contredits et déboutés de leurs demandes; toutes preuves qui achevèrent de démontrer le bon droit de sa majesté.
Je fis rendre un arrêt définitif qui servit de solution à ce différent. Par cet arrêt le Rhône et ses îles, ses ports, péages, droits et dépendances, notamment le pont d'Avignon, sont déclarés appartenir uniquement au roi , par droit de régale , de domaine et de patrimoine de la couronne. Sa majesté fit en conséquence commencer les réparations du pont et des recherches pour recouvrer les premiers fonds perdus. Ainsi fut terminée cette affaire, qui importait presque autant à cause du duc de Savoie qu'à cause du pape.
Diç
Sa majesté ht aussi l'acquêt du comté de Saint- Paul, l'un des apanages du comte de Soissons. Ce prince, se voyant abîmé de dettes, se détermina à vendre ce comté pour satisfaire ses créanciers qui le pressaient vivement. Il crut sans doute qu'après la naissance d'un fils que sa femme venait de lui donner, il ne lui convenait plus de vivre dans le dérangement. Il reçut avec sou air grave et stoïque les complimens que lui fit sa majesté sur cette naissance, et ensuite il envoya Guiilouaire lui faire offre de son comté de Saint-Paul. Henri, dans cette acquisition, envisagea premièrement son goût, et ensuite l'inconvénient pour l'hommage, s'il passait dans les mains de quelque prince étranger. Il reçut donc favorablement la proposition de M. le comte, et en attendant qu'on convînt du prix avec lui, il lui fit toujours une avance considérable pour le tirer d'affaire avec ses
créanciers.
Depuis, y ayant fait ime plus mûre réflexion, sa majesté, qui jusque là ne m'avait point parlé de ce marché, écrivit au comte de Soissons qu'il vînt trouver Caumar tin et moi, auxquels elle avait attribué la connaissance de cette affaire, et elle m'écrivit aussi pour savoir ce que j'en pensais. Je ne désapprouvais pas tout à fait cet acquêt, que Villeroi me manda que sa majesté avait fort à cœur ; au contraire je servis M. le comte de tout