‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 106 sur 239 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Ce qui détermina le roi à entreprendre un siège aussi difficile que celui de la Fère, c'est que, ses ennemis ayant séparé leurs troupes après leurs succès 9 sa majesté ne voulut pas laisser inutiles les siennes , qui s'étaient à la fin rassemblées , et qu'il était important de rassurer la Picardie ébranlée par tant de pertes. Le parti que j'aurais préféré à tout autre eût été de demeurer pendant ce siège auprès du roi , dont je ne goûtais point les ménagemens pour ma personne : mais je n'osai refuser la commission qui m'allait retenir à Paris ; et, pour en adoucir l'ordre, sa majesté m'assura que de long-temps il ne se ferait rien de considérable devant la Fère , et que je pourrais dans la suite y faire quelque voyage. En effet , j'y en fis deux ou trois ; mais je n'y étais pas plus tôt arrivé , que la nécessité de pourvoir à la subsistance des troupes m'en faisait repartir presque aussitôt. Ce qui m'en consola , c'est que , rien n'ayant manqué' dans l'armée moyennant les soins que je pris , je puis me flatter d'avoir un peu contribué à la réussite de ce siège. Il dura six mois : c'est lé plus long que Henri ait fait. Aussi cette place, outre

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l'avantage de ses fortifications , avait une garnison très-nombreuse , composée de soldats choisis , et commandée par deux excellens officiers, l'un français', sénéchal de Montelimart , et l'autre espagnol, nommé Osorio.

Béringhen ^ , à la persuasion d'un ingénieur son ami, ou même son parent, et venu exprès de Flandre, où, il demeuraîl , se mit dans la tête qu'on pouvait subuii^ger la Fère , el il répondit si bien de la réussite sur la caution» de^oa ingénieur , que le roi, contre son sentiment^ se; laissa sJter à permettre qiji'on teuitât cette voie. £He aurait en e£Get bien abrégé le siège; mais on a pu remarquer que presque tous les projets de cette nature sont sujets à échouer; le plus léger mécompte suffit pour cela., et il est fort rane qu'on n'y en fasse pas. C'est l'idée de détourner le Tésin qui fit autiiefpis perdre une bataille et la liberté à François V^. Jie trouvai cette pr(^)osition sur le tapis dans un des voyages que je fis au camp* J'en jugeai l'exécution impossible , et je la combattis de tout mon pouvoir; mais l'ingénieur ne manquait point de raisons plausibles à opposer aux notais. A l'entendre , c'était^ une affaire de peui de temps et de peine : il ne s'agissait que d'élever une chaussée.

' Il se nommait Colas. Les Espagnols avaient promis de le faire comte de la Fère.

* PierredeBéringhenétait lui-même Flamand, néà Bruxelles.

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