‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 107 sur 239 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

Ou la fit donc , et parce que l'eau la força deux ou trois fois , on la refit autant de fois. Une derriiért* se trouva à l'épreuve de l'eau : qu'arriva-t-il ? que l'eau ne put monter jusqu'à la hauteur qu'on s'était promise. Il est vrai qu'il ne s'en fallait que de six pieds ; mais on n'en fut pas moins contraint d'abandonner l'ouvrage, après y avoir consumé beaucoup de temps et d'argent.

Le siège de la Fère souffrit encore de la maladie qu'eut le roi à Travecy , où était son quartier. A la première nouvelle qui m'en vint, je volai vers ce prince, et je ne le quittai qu'après que je le vis entièrement rétabli. Sa maladie fut assez considérable pour me faire craindre la plus grande perte que la France pût éprouver, l^e gouverneur de la Fère, se voyant manquer de tout, remit enfin cette place au roi , qui la fit réparer. A la prière de madame de Liancourt, il en donna le gouvernement à son fils César , dont Manicamp ' , parent de cette dame , fit les fonctions en qualité de lieutenant.

Sa majesté s'avança ensuite vers la frontière d'Artois, emporta d'assaut le château d'Imbercourt, et crut en faire autant par le pétard de la vUle d'Arras. Le maréchal de Biron fut cause que cette dernière entreprise échoua, parce qu'il ne se munit pas d'une assez grande quantité de pé-

' Pliilijipe de I.ongiicval , sit'iir dp M;inii'ain|

tards. Les trois premiers qu'on appliqua jouèrent assez heureusement; le quatrième ayant été jeté sans effet dans le fossé, avec celui qui l'attachait, tua et blessa plusieurs des nôtres. Il est triste qu'une conquête si considérable, et qui aurait garanti Amiens du malheur qui lui arriva bientôt après, ait été manquée, faute de deux ou trois pétards de plus. Biron s'éloigna pour éviter les justes reproches qu'on pouvait lui faire , et alla décharger sa colère sur le pays des environs de Bapaume , où il fit un horrible dégât.

Le mauvais succès d'Arras fut avantageusement compensé par plusieurs événemens favorables, arrivés sur la fin de l'année précédente, et au commencement de celle-ci, que je ne ferai qu'indiquer à mon ordinaire : je parle de la rédiiction de Toulouse % de la prospérité des armes du roi en Provence , et de la réunion des chefs de la Ligue au parti du roi. Joyeuse * , qui avait quitté le froc pour endosser le harnais , et se payait avec usure des mortifications du cloître, fit son traité avec le roi en ce temps-là. Le duc de Nemours suivit ; mais sur le point que le sien allait être

' Consultez sur ces faits les historiens ci-dessus nommés , année i595 et 1696.

"* Henri de Joyeuse, le seul qui resta des sept fils de Guillaume, duc de Joyeuse. Il entra chez les capucins, et y mourut sous le nom de P. Ange.

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