LIVRE DIXIÈME
La jpaix amena d'autres soins et d'autres travaux. Le roi commença par faire une réforme dans ses troupes , t^t françaises qu'étrangères. Les Suisses furent licenciés, à l'exception des trois compagnies des colonels G alati, Heid et Baltazar, de cent hommes chacune. Cette réforme ne fut pas aussi complète que je l'aurais souhaité, et que la conjoncture paraissait le demander. Le conseil que je donnai là-dessus ne fut point goûté de sa majesté. Cependant , si l'on considère que le trésor royal était dans le dernier épuisement , et malgré cela dans la nécessité de pourvoir à quantité de dépenses si pressantes , qu'on fut obligé de faire de nouveaux emprunts d'argent, je crois qu'on ne saurait me reprocher en cela une économie sordide et mal placée.
Ces dépenses étaient le rétablissement des fortifications de quantité de villes, et la réparation d'une infinité de bâtimens menacés d'une ruine prochaine par le malheur des derniers temps , dont il fallut sans délai travailler à prévenir la décadence. En faisant visiter les principales rivières du royaume, pour en régler les différens
SgS MÉMOIRES DE SULLT.
droits , emploi qui fut confié à quatre personnes d'une probité reconnue , il se trouva aussi plusieurs travaux à y faire, principalement sur la Charente.
Entre autres réglemens pour la police , qui furent jugés nécessaires, le roi mit des bornes à cette quantité immense de blé qu'on était dans Tusage de £siire passer hors du royaume , et qui souvent exposait la France à souffnr de grandes disettes * de ses propres biens. Par un autre règlement, le port d'armes fut interdit , sous de grandes
' La conséquence la plus juste qu'il semble qu'on puisse tirer de tous les raîsonnemens qu'on lit et qu'on entend tous les jours sur la question du transport du blé hors du royaume , est celle que tire ici le duc de Sully. Il ne serait pas juste de priver ce royaume de l'une de ses plus heureuses ressources , et de l'un des plus riches soutiens de son commerce, en défendant tout transport de cette denrée. Il ne serait pas plus prudent de le permettre sans mesure ni proportion.
Si^ pour trouver ce juste milieu, les magasins publies et royaux ne paraissent pas un moyen heurouxyji cause des grandes dépenses et des inconvéniens encore plus grands à quoi ils exposent, il semble qu'on ne saurait en dire autant des commissaires qu'on établirait pour veiller à faire remplir , ouvrir et fermer les greniers des particuliers lorsque le besoin public le requiert. Cette partie de la police, dont le grand et presque le seul objet serait de connaître et de maintenir la proportion entre le produit de la terre et la consommation, en compensant les années (tifFérentes et les différentes provinces , n'est pas, je crois, d'une aussi grande difficulté que d'abord elle le parait.