‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 185 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

peines, à ceux qui n'avaient aucun droit d'en pcM'ter V

' A ce règlement sur le port d'armes y bien des persomaes croient qu'il serait à propos qu'on ajoutât quelques marques distinctives dans là forme des habillemens , qui servissent à faire connaître en public les différentes conditions.

Quant aux sciences, arts et belles-lettres, s'il est vrai, comme il paraît qu'on n'en saurait douter, que c'est au soin qu'on a pris depuis quelques siècles de les cultiver en Europe qu'on a l'obligation de la différence qu'on remarque aujourd'hui dans les Européens du côté de la douceur dans les mœurs, de la politesse dans les manières, de leur liaison entre «ux, et des moyens qu'un esprit plus pacifique a fait imaginer pour discuter et terminer d'une manière moins cruelle leurs différends respectifs, il semble que, par toutes sortes de motifs publics, indépendamment de celui de la gloire et l'intérêt particulier qui en résulte , un grand état ne doit point perdre de vue cet objet. Après les soins dont on s'est occupé jusqu'à présent dans ce royaume pour former et établir une bibliothèque , des cabinets et des recueils en tout genre, qui soient dignes du puissant monarque qui le gouverne, pour instituer des académies où l'on s'applique à perfectionner les sciences et les arts, on attend avec impatience de voir exécuter le dessein, formé dès il y a long-temps, de mettre toutes ces différentes parties un peu plus à portée les unes des autres qu'elles ne le sont , dans une ville de l'étendue dé Paris , en les rassemblant toutes dans une même enceinte, où l'on pût trouver commodément tout à la fois les livres, les instrumens, les imprimeries, et généralement toutes les pièces nécessaires, avec les logemens des personnes préposées pour en prendre soin, et surtout de voir établir une espèce de tribunal des sciences et des arts, composé de personnes choisies dans les différentes académies, et entretenues par sa majesté , pour faire un examen exact, et porter un jugement sûr de tous les livres, découvertes et pro-

Les belles -lettres trouvèrent aussi place dans ces occupations du roi. Il entendit parler de Casaubon , et^ sur la réputation de ce savant homme , il le fit convier de venir s'établir à Paris avec sa famille, où il le fixa par une pension qui lui donna les moyens d'y vivre comme il convient à un homme de son caractère, qui n'est pas appelé, disait Henri , pour gouverner l'état.

Je suis obligé de supprimer un détail d'affaires moins importantes , qui irait à l'infini , s'il fallait donner place dans ces mémoires à tout ce que me dit sa majesté , à tout ce qu'elle m'écrivit de Fontainebleau, de Monceaux et de Saint-Germainen-Laye , où elle passa le reste de cette année , et où elle m'appelait de temps en temps pour conférer avec moi sur les différentes affaires qui se présentaient. Je m'en tiendrai à ma première promesse, de retrancher tout ce qui ne mérité pas de soi-même quelque considération , et je me contenterai de marquer ici que jamais peut-être des ministres d'état n'ont trouvé plus d'attention ni plus de ressource dans l'esprit d'aucun prince sur tout ce qui est d'utilité, ou simplement de commo-

diictions qui peuvent intéresser le public. On eut d'abord intention de faire servir la place Vendôme à ce projet , ensuite on y a destiné le vieux touvre ; mais des dépenses d'état encore plus nécessaires. ont toujours depuis obligé à en différer leîtécution.

LIVR£ DDUiMB. 4oi

dite pour un royaume, que j'en ai toujours trouvé dans le prince que j'ai servi. Ni la paix, ni les a£Eadres domestiques ne lui faisaient point perdre de vue tout ce qui se passait hors du royaume*. La question du vrai ou du £3iux don Sébastien £adr sant alors beaucoup de bruit en Eurc^e , aussi bien qu'en Espagne , il envoya la Trimouille * en Portugal pour tacher d'éclaircir ce mystère, afin de ne prononcer qu'avec pleine connaissance sur la justice ou l'iniquité du conseil d'Espagne, qui avait commencé par faire arrêter le prétendu roi de Portugal.

Henri, n'ayant pas encore ouvert son çsprit aux

' Cette question paraît présentement bien décidée par Tantorité de presque tous les bons historiens , qui ne doutent pas que le roi don Sébastien n'ait véritablement perdu la vie dans la bataille qu'il livra aux Maures à Alcaçar, en 1578, et, par conséquent, que ce prétendu don Sébastien ne soit un impos* teur , soutenu alors et depuis par les ennemis de l'Espagne. Voirez les preuves de la mort de ce roi de Portugal dans de Thouy liv. 65, etc. Il en sera encore parlé dans la suite. La France pouvait encore s'intéresser à cette question par un autre endroit. Catherine de Médicis avait prétendu avoir des droits légitimes sur la couronne de Portugal , comme se disant issue de Robert, fils d'Alphonse III, par Mahaud, sa première femme, morte en 1262, depuis lequel temps elle soutenait que tous les rois de Portugal n'avaient été qu'autant d'usurpateurs ; c'étaient là autant de points bien difficiles à justifier : aussi parait- il qu'elle fit peu de démarches pour faire valoir ses prétentions. ^

* Claude de La Trimouille, duc de Thouars, mort en 1606.

Page 1