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me vit commencer par une espèce d'éclaircissement. Elle ne me donna pas le temps de l'achever : la colère dont elle était animée ne lui permettant pas de mesurer ses termes, elle m'interrompit en me reprochant que je séduisais le roi , et lui faisais croire que le noir était hianc. « Ho ! ho ! Ma- « dame, » lui dis-je en l'interrompant à mon tour, mais d'un air très-froid, « puisque vous le prenez « sur ce ton , je vous baise les mains ; mais je ne « laisserai pas pour cela de faire mon devoir ; » et je sortis sans vouloir en entendre davantage , afin de ne rien lui dire de mon côté de plus dur. Je mis le roi de fort mauvaise humeur contre sa maîtresse en venant rapporter ses paroles : « Allons , » me dit ce prince, avec un mouvement dont je fus trèssatisfait , « venez avec moi , et je vous ferai voir <c que les femmes ne me possèdent pas. » Son carrosse tardant trop à venir à* son gré, sa majesté monta dans le mien ; et pendant tout le chemin , jusqu'à l'appartement de la duchesse , il m'assura qu'on ne lui reprocherait jamais d'avoir chassé, ni seulement mécontenté, par complaisance pour ime femme, des serviteurs qui, comme moi, ne cherchaient que sa gloire et son intérêt.
Madame de Beaufort, qui s'était attendue, en me voyant sortir de chez elle , à y voir bientôt arriver le roi , avait bien étudié son personnage pendant ce temps-là ; elle regardait , aussi-bien que^
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moi, la victoire que l'un ou l'autre allions remporter comme le présage heureux ou malheureux de sa fortune. Lorsqu'on lui annonça le roi , elle vint le recevoir jusqu'à la porte de la première salle. Henri, sans l'embrasser, ni lui faire les caresses orcUnaires : a Allons , Madame , lui dit-il , allons « dans votre chambre, et qu'il n'y entre que vous, « Rosny et moi ; car je veux vous parler à tous ce deux, et vous faire bien vivre ensemble. » Il fit fermer la porte, regarda s'il n'y avait personne dans la chambre , la garde-robe et le cabinet ; puis la prenant d'une main pendant qu'il me tenait de l'autre, il lui dit, d'un air qui dut la surprendre beaucoup ^ que le véritable motif qui l'avait déterminé à s'attacher à elle était la douceur qu'il avait cru remarquer dans son caractère*; qu'il s'apercevait, par la conduite qu'elle tenait depuis quelque temps , que* ce qu'il avait cru véritable n'était qu'une feinte , et qu'elle l'avait trompé. Il lui reprocha les mauvais conseils qu'elle prenait , et les fautes considérables qui en étaient la suite. Il me combla de louanges pour faire sentir à la duchesse , par la différence de nos procédés , que j'étais seul véritablement attaché à sa personne. Il lui ordonna de surmonter son aversion pour moi , au point de se conduire par mes avis , parce qu'assurément il ne me chasserait pas pour l'amour d'elle.
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Madatae de Beaufort commença sa réponse par des soupirs, des sanglots et des larmes. Elle prit im air caressant et soumis. Elle voulut baiser la main de Henri. Elle n'omit rien de ce qu'elle connaissait capable d'attendrir son cœur. Ce ne fut qu'après toutes ces petites façons qu'elle prit la parole pour se plaindre amèrement de ce qu'au lieu du retour qu'elle aurait dû attendre d'uH prince à qui elle avait donné toute sa tendresse , elle se voyait sacrifiée à un de ses valets. Elle rappela ce que j'avais dit et fait contre ses enfans pour aigrir l'esprit de sa majesté contre moi, puis, feignant de succomber au désespoir, elle se laissa tomber sur un lit, où elle protesta qu'elle était résolue d'attendre la mort après un aussi sanglant affront. L'attaque était un peu forte. Henri ne s'y était point attendu. Je l'observais. Je vis son cœur chanceler ; mais il se remit si promptement , que sa maîtresse ne s'en aperçut point. Il continua à lui dire du même ton qu'elle aurait pu s'épargner la peine de recourir à tant d'artifices pour un si léger sujet. Ce reproche la piqua sensiblement. Elle redoubla ses pleurs. Elle s'écria qu'elle voyait bien qu'elle était abandonnée, que c'était sans doute pour augmenter encore sa honte et mon triomphe que le roi avait voulu me rendre témoin des choses les plus dures qu'on puisse dire à une femme. Il parut que cette idée la plongeait dans
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un désespoir véritable. « Pardieu ! Madame , c'est a trop , reprit le roi en perdant patience , je vois « bien qu'on vous a dressée à tout ce badinage a pour essayer de me faire chasser un serviteur u dont je ne puis me passer. Je vous déclare que, « si j'étais réduit à la nécestsité de choisir de per* a dre l'un ou l'autre, je me passerais mieux de « dix maîtresses comme vous que d'un serviteur « comme lui. » 11 ne laissa pas passer le terme de vàlet dont elle s'était servie, et trouva encore plus mauvais qu'elle l'appliquât à un homme dont la maison avait l'honneur d'être alliée à la sienne.
Après tant de paroles affligeantes, le roi quitta la duchesse brusquement , et s'avança pour sortir de la chambre, sans être touché de l'état où il la laissait; parce qu'apparemment la connaissance qu'il avait de sa maîtresse lui découvrait tout ce qu'il y avait d'affectations et de grimaces dans son procédé. Pour moi , j'y étais trompé jusqu'à en être affligé ; et je ne sortis d'erreur que lorsque madame de Beaufort , voyant le roi prêt à sortir de chez elle , si irrité qu'elle pouvait appréhender que ce ne fut peut-être pour n'y plus jamais re^ venir, changea tout d'un coup de personnage. Elle courut l'arrêter, se jeta à ses pieds, non plus pour le surprendre , mais pour lui faire oublier sa faute. Elle commença par s'excuser. Elle montra un air
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doux et un visage serein. Elle jura au roi qu'elle n'avait eu ni n'aurait plus d'autre volonté que la sienne. Il n'y a jamais eu de changement de décoration si subit. Je ne vis plus qu'une femme agréable et complaisante , qui agit avec moi comme si tout ce qu elle venait de me dire n'était qu'un songe. La paix se fit avec une par&ite cordialité entre nous deux, et nous nous séparâmes tous fort bons amis.
Sur la fin d'octobre, le roi, étant à Monceaux^ ressentit quelques légères attentes de fièvre, qui aboutirent enfin à un accès des plus violens \ On l'attribua au ravage qu'avait Eût une quantité prodigieuse d'humeur dont sa majesté s'était déchargée par une purgation ; et , conune la fièvre parut en efifet dissipée, le roi se crut guérL II m'ai écrivit à Pifns en ces termes, me marquant pourtant qu'il, lui était resté de son indisposition un abattement morne, qui ne lui était pas ordinaire, et qu'il allait chercher à dissiper en se promenant, s'il en avait la force. C'était l'avant-coureur du mal dans lequel il retomba peu de jours après si violemment, qu'il se vit en fort grand danger,
* Voici conmieiit l'historien Matthieu parle de cette ■laladîg de Henri IV : « En riant , avec sa maîtresse et Bellegarde, de « vers satiriques, il lui prit nn grand dévoiement, et fut sept « heures en grand danger ; Toolant toujours boire, et jetant « Tean et le verre à la tête, etc. • Tome m, lir. %, page >77*
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et que j'eus la douleur de le trouver en cet état en arrivant à Monceaux avec Chatillon et dlncar* ville , comme il me le mandait par la lettre dont je viens de parler. Je crus long -temps que je n'étais venu que pour voir mourir mon cher maitre entre mes bras ; car il ne voulut point que je quittasse Monceaux tant que dura sa maladie ; et il m'appelait fréquemment auprès de son lit. Dans un des momens où le mal, s'opiniâtrant par de continuels redoublemens , faisait désespérer que tout l'art des médecins pût jamais le vaincre^ et où ce prince était persuadé lui-même qu'il touchait à sa dernière heure : ce Mon ami, me disait* tf il , je n'appréhende nullement la mort ; vqus le « savez mieux que per3onne , voiis qui m'avez ce vu en tant de périls dpnt il m'était Bi facile de a m'exempter ; mais je ne nierai pas que je n'aie « regret de sortir de la vie sans élever ce, royaume ce à la splendeur que je m'étais proposée, et avoir ce témoigné à mes peuples que je les aime comme « s'ils étaient mes enfans, en les déchargeant « d'une partie des impots, et en les gouvernant « avec douceur. »
Le bon tempérament de Henri prit enfin le dessus^ et dissipa le mal, comme si on l'avait enlevé ' ; en sorte que la joie de son rétablisse-
' Cest pendant cette maladie que Henri IV fut extrêmement inconmiodé d'une carnosité qui servit de prétexte à la du-