LIVRE DIXIÈME
Fresne ayant dressé l'ordonnance pour paie* ment des hérauts , trompettes et autres officiers subalternes de la couronne qui avaient servi dans la cérémonie du baptême, elle me fut apporté^ comme les autres , afin que j'y misse mon man* dément pour l'acquitter. Je n'eus pas plus tôt jeté les yeux sur cette pièce , qu'un vif sentiment de douleur me la fit regarder comme un monument de la honte du roi qu'on allait conserver à la postérité. Je ne balançai pas , je la retins et en fis faire une autre, modeste comme elle devait l'être, où les noms de Monsieur , de fils de France , et tout ce qui pouvait donner la même idée , étaient supprimés , et conséquemment l'honoraire des hérauts réduits à la taxe commune, ce qui ne le^ satisfit pas. Ils ne tardèrent pas à revenir , et dans leur mécontentement, ils alléguaient et M. de Fresne , et la loi qui réglait leurs droits. Je me contins d'abord devant des gens dont je connaissais assez la mauvaise intention ; à la fin , la patience m'échappa , et je ne pus m'empêcher de leur dire avec indignation : « Allez , allez , je n'en ce ferai rien , sachez qu'il n'y a point d'enfans de <c France. »
Je n'eus pas plus tôt lâché la parole , que je me doutai qu'elle allait me susciter une affaire. Pour la prévenir , je sortis dans le moment , et vins trouver sa majesté , qui se promenait dans ses appaF-
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temens de Saint-Germain avec le duc d'Épemon : je lui dis , en lui montrant l'ordonnance de Fresne, que , si elle avait lieu , il ne lui restait plus qu'à se déclarer marié avec la duchesse de Beaufort. « Il «c y a ici de la malice de Fresne , dit le roi , après « ravoir lue , mais je l'empêcherai bien. » Il m'ordonna, de déchirer cet écrit , et dit tout haut ^ en se tournant vers trois ou quatre seigneurs de la cour des plus proches : « Voyez. la malice du « monde , et les traverses que l'on donne à ceux « 'qui me servent bien : on a apporté à M. de Rosny « imc ordonnance , afin de m'ofFenser , s'il la pasce sait, ou d'offenser ma maîtresse, s'il la refusait.» Dans l'état où étaient les choses , cette parole n'était pas indifférente : elle fit juger aux courtisans , qui riaient de ma simplicité, qu'ils pouvaient bien s'être trompés eux-mêmes, et que le. prétendu mariage n'était pas encore si proche qu'ils se l'étaient imaginé. Le roi , continuant à m'entretenirseul, médit qu'il ne doutait point que madame de Beaufort ne fut dans une violente colère contre moi ; qu'il me conseillait d'aller la trouver , et de chercher à la satisfaire par de bonnes raisons : « Et si cela ne suffit , ajouta-t-il , je parlerai en « maître. »
La duchesse avait son appartement dans le cloître de Saint-Germain : j'y allai de ce pas. Je ne sais quelle idée elle prit d'une visite qu'elle