LIVRE DIXIÈME
Il y avait long -temps que j'aspirais à jouir du loisir de la paix pour traiter enfin à fond la finance de l'état. Tout ce que j'avais pu faire jusque-là s'était réduit à adoucir le mal ; et , loin de pou-> voir creuser jusqu'à sa racine pour l'extirper un^ bonne fois, les différens besoins de l'état , qui s'étaient toujours succédés les uns aux autres pendant la guerre , avaient fait regarder comme nu grand coup de pouvoir conduire les finances sans en augmenter la confusion. Il est vrai qu'à consi^* dérer la chose de près , elles paraissaient atteintes d'une plaie absolument incurable, et qu'on ne pouvait' méine galère sonder qu'avec un courage et un^ patience invincibles. Le premier coup<l'oBil n'offrait qu'un discrédit universel , plusieurs centaines de millions dus par le trésor royal , nulles ressources , une çaisère excessive , une ruine prochaine ; mais cet état même de désespoir était ce qui devait le plus engager à ne pas perdre un seul instant pour entrepuendre ce grand ouvrage pendant que l'opportunité des conjonctures laissait du moins l'apparence de pouvoir réussir. Tout était tranquille, l'entretien des gens de guerre considérablement diminué, la plus grande partie des dépenses militaires supprimée. Le conseil du roj s'était enfin lassé de faire d'inutiles efforts, pour m'ôter la connaissance des afBaires publiques ; elles roulaient presque toutes sur moi.'-'
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sieurs dédaignaient même de venir aux assemblées, à moins que leur intérêt, ou celui de quelques parens et amis, ne les y conduisit; rien ne s'y proposait plus sans mon avis , et rien ne s'y exécutait plus que par mon aveu. Le roi n'avait aucun secret pour moi , ni aucune autorité dont il ne me revêtît. Toutes ces considérations me firent croire que^ si les malheurs causés par des guerres civiles aussi longues et aussi cruelles pouvaient être réparés , ce serait alors qu'on en viendrait à bout , ou jamais.
J'ai reçu du ciel un tempérament assez robuste, un corps capable de supporter un long travail ^ , et une grande application d'esprit , une
' Le portrait que nous fait Péréfixe, de Rosny , est tout-àfait semblable à celui qu'on va voir tracé ici : « Surtout , dit-il, « il avait le génie porté au maniement des finances, et toutes « les qualités requises pour cela. En effet, il était homme d'or- « dre, exact, bon ménager, gardait sa parole, point prodigue, « point fastueux, point porté à faire de folles dépenses, ni au « jeu, ni en femmes , ni en aucunes choses , qui ne convien- « lient pas à un homme élevé dans cet emploi. De plus, il était « vigilant , laborieux , expéditif , qui donnait presque tout son « temps aux affaires, et peu à ses plaisirs ; avec cela il avait « le don de pénétrer ces matières jusqu'au fond , et de déve- « lopper les entortillemens et les nœuds dont les financiers, % quand ils ne sont pas de bonne foi, s'étudient à cacher leurs « friponneries. » ( 3* part. ) P. Matthieu ne lui donne pas de « moins grands éloges, tome 2 , liv. 2 , page 278.
(i Le roi lui donna, dit Le Grain, la charge de surintendant-