‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 199 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

nées suivantes par les grandes charges dont sa majesté m'honora , et par des gratifications si considérables, que l'article que j'en formerai, en les rassemblant, sera des plus importans. Je promets d'y comprendre ses plus petites libéralités, et jusqu'à celles des autres personnes royales. Avant que d'entrer dans la discussion des affaires et dans le détail des finances , à quoi je me suis engagé ,' je vais , puisque j'ai commencé à instruire le public de mes dispositions personnelles , achever le tableau en exposant et mes occupations journalières , et toute ma manière de vivre depuis que je suis devenu personne publique : c'est ici le véritable endroit de le faire , quoique , pour tout dire à la fois , je sois obligé de me supposer déjà revêtu de toutes les charges qui ne me vinrent que quelque temps après.

Il n'y avait aucun des six jours ouvrables de la semaine où il ne se tint un conseil matin et soir. Le premier et le plus important de tous est celui qu'on appelait le conseil d'état et des finances^ qui occupait lui seul les mardi , jeudi et samedi , par les deux séances dti matin et de l'après-midi. Le roi en était le chef, et y assistait assidûment. Le prince et les ducs et pairs , les officiers de la couronne , les chevaUers des ordres du roi , ou ceux qui avaient un brevet de sa majesté , y avaient entrée et voix délibérative. On y recevait et Ton y

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examinait toutes sortes de requêtes, sur quelque sujet que ce pût être , mais principalement sur ce qui concernait les pensions de l'état , qui dès lors commencèrent à être acquittées avec un soin et une régularité qui les fit préférer à toutes autres sortes de biens, même aux fonds de terre. Les trois autres jours de la semaine étaient remplis de même , matin et soir , par différens conseils qu'on appelait conseil des parties , composés d'un certain nombre de conseillers particuliers. Là on examinait ce qui était du ressort de chacun de ces conseils ; s'il y était porté quelque contestation , elle était renvoyée aux tribunaux auxquels il appartenait d'en connaître , en veillant à ce qil'ils rendissent bonne et prompte justice.

J'étais de tous ces conseils , et j'y présidais ordinairement lorsque le roi ne pouvait pas s'y trouver ; ce qui arrivait souvent , surtout pour les conseils des parties. Je ne manquais jamais au conseil d'état , qui roulait presque entièrement sur moi. C'était à moi qu'étaient adressées les lettres et les requêtes qui devaient y être présentées ; et, comme les questions qui demandent des délibérations générales ne sont pas fort communes , en faisant part de ces af&ires, j'en apportais en même temps la solution : souvent même j'y apportais les arrêts tout dressés , afin que l'on fut expédié dans une seule séance, et rarement on y chan-

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