‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 198 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

qui me sont arrivées , à mesure que les différentes occasions les ont amenées, et je ne veux pas me départir de cette méthode; mais , comme je crois la chose de nature à devoir être assujettie au calcul , je vais mettre tout le monde en état de le faire soi-même , en attendant qu'on le voie parfait à la fin de ces mémoires.

Le bien de mon père ayant été partagé également entre moi , et le seul qui resta de quatre frères que j'avais eus , ma part y en y joignant la dot de mon épouse, qui consistait en dix mille livres, ne monta qu'à quinze ou seize mille livres de rente , et comme elle n'augmenta guère pendant cette vingtaine d'années , qui ne laissait point au roi d'occasions de récompenser ses serviteurs, voilà tout ce que j'avais lorsque les finances de l'état me furent remises. Je sais que bien des per^ sonnes rougiraient d'un pareil aveu; mais pour moi , je l'ai déjà dit , je ne trouve , à cet égard , qu'une seule chose dont on doive rougir, c'est l'infaimie des biens mal acquis , ou douteux. Je n'appréhende le. reproche , ni de concussion , ni de confiscation, ni de profits équivoques; tout ce que j'ai ajouté à ce premier fonds n'est que de purs bienÉsdts du roi ; en sorte que je dois tout à un seul Dieu et à im seul maître.

Ce que j'avais déjà pu y joindre , jusqu'à l'année présente 1 698 , montait aux sommes suivantes :

4îi8 MÉMOIRES DE SULLY.

deux mille livres d'appointement en qualité de conseiller de Navarre, autant comme conseiller d'état , avec les trois mille six cents livres de pension que le roi avait attachées à cette charge ; mes gages , comme membre du conseil , ayant augmenté par degrés, et à proportion des services que le roi trouvait que je lui rendais , étaient alors portés à vingt mille livres. Le roi doubla ma compagnie de gendarmes , qui d'abord n'était que de cinquante hommes , et après .qu'elle eut été incorporée à celle de la reine , dont je fus £ait capitaine-lieutenant, cette compagnie me rapporta de gages cinq milles livres. Le roi me fit encore conseiller d'honneur au parlement de Paris " , mais sans gages; ce fut dans le temps où le jeune Chauvelin* fut le premier dispensé de la règle des' quarante jours , moyennant quatre mille écus. Je ne ferai qu'un article du gouvernement de Mantes , dont je venais d'être pourvu, et de celui du Gergeau , que sa majesté me donna ensuite. Tel était alors l'état de ma fortune; le cours qui jusque-là en avait été assez lent , devint très-rapide les an-

* Les lettres-patentes, par lesquelles Henri IV fait le marquis dçRosuy conseiller d'honneur, lui donne Tentrée au parlement, etc., datées du 16 mars 1602, se voient dans les registres du parlement de Paris, ainsi que l'enregistrement do ces lettres, et sa réception du 19 mars de la même année. '

* Sébastien Chauvelin.

Page 1