LIVRE DIXIÈME
je n'ai pas encore nommées : car combien d'affaires extraordinaires et imprévues ! combien d'ordres ! de consultations et de lettres de sa majesté, qui n'avaient rapport à rien de tout cela ! Oh en jugera par l'assurance générale que non-seulement il n'arriva jamais rien à ce prince, dont il ne me fit aussitôt confidence, mais même qu'il ne se passa jamais rien dans son intérieur ^ , qu'il ne déposât dans mon sein : secrets, desseins, pensées, maladies, plaisirs et chagrins domestiques, craintes et espérances , amours , amitié et haine ; tout enfin était confié à ma fidélité et à ma discrétion : je puis bien me servir de ces termes. C'est dans tous ces motnens que, pour satisfaire aux besoins et aux désirs de Henri, il fallait faire trêve avec toutes les occupations les plus pressantes, imaginer des moyens, se prêter à des entreprises, répondre à des lettres^ et entreprendre des voyages qui auraient mis en soufi&ance toutes les autres affaires de l'étut, si, en donnant la nuit aussi-bien que le jour à ces nouveaux incidens qui n'avaient ni mois, ni jours, ni heures réglées, une extrême
' « Jamais aucun ministre n'a eu plus parfaitement la con- « fiance de son prince que celui-ci, et jamais personne ne s'en « est rendu plus digne par sa fidélité, son activité , son appli- « cation continuelle aux affaires, et son désintéressement dans M toutes les choses où il s'agissait du service du roi , etc. » ffis^ taire de France de ChilimSy tome 3 , page 255.
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diligence à réparer les affaires qui en avaient été interrompues n'eût remis toute chose dans leur état naturel.
On est surpris , en faisant ces réflexions , comment avec une si prodigieuse économie du temps, il en reste si peu pour les affaires purement domestiques. Le petit nombre d'instans que j'ai pu donner à celles-là, je n'ai jamais pu le rencontrer que par échappées dans quelqu'une des aprèsdînées de ces trois mêmes jours : aussi fallut-il que mon épouse s'accoutumât à faire tout ce qui n'était pas de nécessité absolue que je fisse moimême , ou que je m'en reposasse sur des gens d'affaires ou sur des doinestiques.
Quant aux récréations et aux heures de délassement, qui doivent par nécessité trouver place au milieu d'un travail si assujettissant, elles n'étaient pas moins réglées que les affaires mêmes , mais aussi sujettes à être dérangées. Lorsque j'avais le bonheur qu'elles ne le fussent point, je ne sortais point de l'Arsenal pour les goûter. C'est dans ce château que j'ai fait ma daneure depuis que j'ai reçu la charge de grand-maître, jusqu'au temps où la mort de mon roi m'a rendu au repos d'une vie privée. Les exercices dont l'Arsenal était une excellente école pour la jeunesse , étaient ce qui me délassait le plus l'esprit, surtout lorsque j'y voyais mêlés mes enfans, mon gendre, mes parens