‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 204 sur 239 · LIVRE DIXI^.ME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXI^.ME

et amis particuliers. La bonne compagnie qui se trouvait les après-midi dans cette petite enceintei, les fanfares qu'on y entendait , l'air de gàîté sans mollesse, et de plaisir sans nonchalance qu'on y respirait, est tout ce que je connais de plus propre à récréer un esprit, à qui l'habitude du travail rendrait insipides les divertissemens purement de paresse et d'indolence.

De quelque manière que j'eusse passé l'aprèsmidi, et que l'heure du souper fiit venue, elle n'était pas plus tôt arrivée, que je faisais fermer les portes, et défendais qu'on laissât entrer personne, à moins que ce ne fut de la part du roi. Depuis ce moment jusqu'à l'heure du coucher, qui était toujours pour moi à dix heures , il n'était plus fait mention d'affaires, mais de dissipation, de joie et d'effusion de cœur, avec un petit nombre d'amis, de bonne et surtout d'agréable société.

Le ministère général, poste toujoui's fort laborieux, n'est pas pourtant toujours chargé des mêmes difficultés, et on ne peut qu'envier le bonheur de ceux qui y sont appelés dans une conjoncture où , toutes les affaires se conduisant depuis plusieurs années par un cours réglé et paisiblement tranquille, ils peuvent, paisiblement assis sur le timon , se contenter d'une inspection générale, et laisser le reste; de la manoeuvre à ce grand nombre d'ouvriers qui travaillent sous leurs or-

dres. Je n'ai pas eu cet avantage. On s'en est déjà aperçu par ce que j'ai eu occasion de dire en différentes fois; et, pour ne point encore entamer le fait de la finance , qui était alors une mer sans fond ni rive, je prie qu'on jette un coup-d'œil sur les différens embarras qu'on rencontrait sans sortir de l'intérieur du royaume : une cabale de reventes à éclairer de près, et, s'il se pouvait, à réduire, une dispute de religion à terminer , un parti puissant à satisfaire et à contenir, uiie subordination et une police générale à établir et faire observer ; la chose était au point qu'on ne connaissait rien de ce grand nombre d'officiers de guerre, de police , de finances , de judiçature , et de la maison du roi, pensionnaires ou aux gages de l'état, sinon que le nombre en était en effet infini, et qu'il fallait commencer par en^ rechercher les noms , et les comprendre tous dans un registre , pour pouvoir ensuite en supprimer une partie.

Les affaires de la guerre étaient dans le plus grand renversement, et l'ordre qu'on y pouvait mettre ne dépendait pas , comme on se l'imagine peut-être, de réformer une grande partie dé^ troupes ; il fallait prendre connaissance de toutes les villes et places fortes, dont la plupart étaient dans un état de ruine si prochain , que , par cette raison, et pour diminuer la quantité des garni* sons qu'on entretient en France, il était nécea*

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