‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 238 sur 239 · LIVRE DIXIEME. 5l · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME. 5l

un pur libertinage, et qu'il avait craint que je ne cherchasse à le consoler qu'en le couvrant de confusion. Cette première conversation fut fort longue , et je ne me souviens pas de tout ce que je dis au roi. Après ce premier soulagement qu'on doit donner à la douleur , de l'arrêter sur ellemême, je me servis inutilement de l'obligation où se trouve un prince, et toute personne publique, de conserver dans la plus juste affliction la liberté d'esprit nécessaire pour vaquer aux affaires de l'état. Henri n'avait ni le faible de s'affliger par opiniâtreté" , ni le défaut dé se guérir par dureté ; il écoutait encore plus sa raison que son cœur. Il parut déjà beaucoup moins triste à ceux qui le virent rentrer dans sa chambre ; et dans la suite personne ne l'entretenant dans sa douleur , que ses occupations diminuaient chaque jour , il se trouva dans l'état où doit être tout homme raisonnable qui a de grands sujets de s'affliger ; c'est de n'en condamner , ni n'en flatter la cause , et de n'affecter , ni d'en rappeler , ni d'en chasser le souvenir.

Le duc de Joyeuse occupa aussi le public. Après s'être fait capucin^, de courtisan et de guerrier , et

' Henri lY fit porter le deuil à toute sa cour pour la mort de la duchesse de Beaufort. Il le porta lui-même en noir, les huit premiers jours , et ensuite en violet. Mémoires de Chiverny,

' Henri de Joyeuse^ comte du Bouchage, frère puîné dn

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ensuite de capucin être redevenu guerrier et courtisan des plus répandus dans le monde , il reprit du goût pour le froc , dont on prétend que Le pape ne rayait dispensé que pour autant de temps que durerait la guerre; et cette fois il le garda jusqu'à la mort. Le mariage de sa fille ' , unique héritière de la maison de Joyeuse , avec le duc de Montpensier , fut sa dernière action comme homme du monde. La marquise de Bellisle^ , à son exemple , prit l'habit de feuillantine.

duc de Joyeuse, tué à Coutras. « Un jour qu'il passait à Paris « à quatre heures du matin ^ près du couvent des capucins^ « après avoir passé la nuit en débauche, il s'imagina que les ff anges chantaient matines dans le couvent. Frappé de cette « idée, il se fit capucin sous le nom de frère Ange. Depuis il « quitta son froc, et porta les armes contre Henri IV. Le duc « de Mayenne le fit gouverneur du Languedoc, duc et pair, « et maréchal de France. Enfin il fit son accommodement avec A le roi. Mais un jour ce prince étant avec lui sur un balcon, « au-dessous duquel beaucoup de peuple était assemblé : Mon « cousin, lui dit Henri IV, ces gens-ci me paraissent fort aises « de voir ensemble un apostat et un renégat. Cette parole du « roi fit rentrer Joyeuse dans son couvent, où ïl mouriA. » Cette anecdote est tirée des notes sur la Henrùide.

' Henriette-Catherine de Joyeuse. Il ne vint de ce mariage qu une fille ; ce qui éteignit la branche de Bourbon-Mont;pensier.

* Antoinette d'Orléans de Longueville, veuve de. Charles de Gondi, marquis de Bellisle, fils aîné du maréchal de Rétz. Mézerai nous apprend que la jcause de sa retraite fut le chagrin qu'elle eut de n'avoir pu venger la mort de son mari ; ua soldat dont dke voulait se serVir pour cela «jAnt été pris et

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