‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 29 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

qu'il aimerait mieux perdre Villars et Rouen que de les acquérir en faisait une injustice à deux personnes qu'il estimait. Ce procédé toucfiia vivement MM. de Montpensier et de Biron , qui s'écrièrent qu'ils se désistaient de bon cœur de toutes leurs prétentions. Henri les remercia, et donna pour équivalent, au premier, les gouvernemens du Perche et du Maine , pour être joints à celui de Normandie , lorsque celui-ci lui serait restitué en entier ; mais la générosité de Villars changea cette disposition : pour Biron , un bâton de maréchal de France et quatre cent vingt mille livres en argent le dédommagèrent de la perte qu'il faisait.

La réduction de Paris jeta le roi dans de nouveaux embarras , qui l'obligèrent à reculer encore son voyage à Rouen. Il fut occupé à recevoir l'hommage des différentes cours ' , de l'université et des autres corps de ville de Paris, qu'il crut ne pouvoir mieux payer de leur soumission qu'en s'attachant à y établir l'harmonie et le bon ordre que les guerres civiles avaient troublé. Il avait encore à répondre à une infinité de gouverneurs de places , principalement de l'Ile de France , qui , à l'envi de la capitale , venaient lui rendre leur obéissance.

' Le parlement de Paris fut rappelé de Tours, où il avait été transféré par des lettres-patentes du roi du 28 mars i Sg/i.

lï. 5

ment pour m'entretenir sur mes négociations de Rouen. Il le fit ce même soir, après que la presse fut passée , en me tirant dans l'embrasure d'une des fenêtres du Louvre. Il voulut que je lui en rapportasse jusqu'aux plus petites circonstances , qu'il écouta avec beaucoup d'attention. Il s'accusa d'avoir été la cause du contre-temps que du HoUet y avait apporté, en oubliant de me prévenir sur les propositions que celui-ci lui avait faites, et qui m'auraient tenu en garde contre tout ce qui venait de sa part.

Ce prince n'avait encore rien dit au duc de Montpensier et au baron de Biron de la satisfaction qu'il avait accordée à l'amiral de Villars à leurs dépens. C'est tout ce qui restait d'embarrassant, parce que le roi ne se sentait point de l'humeur de ces princes, qui, au lieu de s'abaisser en pareil cas à quelques ménagemens, commencent par étourdir la plainte, et ne doivent l'obéissance qu'on leur rend qu'au ton d'autorité dont ils se servent. Il convint avec moi que fe lui ferais le même détail^ comme si c'était la première fois qu'il l'entendît, en présence de ces deux messieurs, auxquels je donnerais à entendre que la conclusion du traité avec Villars dépendait du sacrificeque l'un et l'autre voudraient bien foire de leurs droits. La chose ayant été exécutée de cette manière , le roi se tourna vers eux , et dit hautement

Page 1