‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 3 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

La cérémonie de l'abjuration du roi fut suivie d'une députation ^ du duc de^ Nevers à Rome ,

" Clément VIII refusa de reconnaître et de recevoir le duc de Nevers comme ambassadeur, et voulut obliger les pré'ats français à aller se présenter devant le grand inquisiteur, prétendant que les évéques de France n'avaient pu absoudre le roi. De Thou blâme avec autant de raison la dureté du pape en cette occasion qu'il loue la fermeté, la prudence et toute la conduite du duc de Nevers , liv. io8. Voyez tome 2 dos Mém, de Nevers , manuscrit de la bibliothèque du Roi; et dans les historiens ci-dessus, le détail des ambassades des ducs de Nevers et de Luxembourg, et les négociations du père Séraphin Olivari, de La Cliclle, des abbés du Perron et d'Ossal, auprès du saint-père. Le pape fit encore long-temps attendre une absolution qu'il avait bien envie d'accorder, et reçut fort mal La Clielle qui lui présentait les lettres de Henri IV. Le père Séraphin, qui était présent, et qui s'aperçut bien que cette colère du pape n'était qu'une feinte , lui dit agréablement : « Saint-père, quand ce serait le diable qui vous demandt lait « audience, s'il y avait espérance de le convertir , vous ne ponr- « riez. pas, en conscience, la lui refuser. » Ce qui fit sourire sa sainteté.

pour faire au pape, conjointement avec le cardinal de Gondi et le marquis de Pisany , les obéissances d'usage en pareil cas. Quoique ce changement fut im coup mortel pour la Ligue, les Espagnols et le duc de Mayenne ne se rendirent pas encore. Ils tâchèrent de persuader à leurs partisans qu'il leur restait des ressources capables de le rendre inutile; mais ils parlaient tous en ce moment contre leur sentiment; et cette feinte assurance ne tendait qu'à obtenir du roi des avantages plus considérables avant qu'il fût bien affermi sur le trône.

Ce n'est point là une simple conjecture, du moins quant au roi d'Espagne, puisqu'il est demeuré constant qu'il fit offrir au roi , par Taxis et Stuniga, un secours capable de réduire tous les chefs de la Ligue et le parti protestant , sans mettre à cette offre d'autre condition qu'une étroite alliance entre les deux couronnes , et une convention que le roi ne donnerait aucun appui aux rebelles des Pays-Bas. Philippe II jugeait de Henri par Uii-méme , et n'envisageait sa conversion que comme le principe d'un nouveau système politique, qui demandait qu'il trahît ses plus anciens engagemens. Il n'est peut-être pas inutile de faire ici une remarque sur l'Espagne; c'est que, quoiqu'elle ait fait jouer, soit du vivant, soit depuis la mort de Catherine de Médicis , mille ressorts dif-

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