LIVRE SIXIÈME
férens, qu'elle ait changé de parti et d'intérêt toutes les fois qu'elle l'a jugé expédient pour profiter des divisions qui ont agité ce royaume, le corps des réformés est le seul vers lequel elle ne se tourna jamais. Elle a souvent et hautement protesté qu'elle n'avait jamais eu la moindre pensée de rechercher ni de souffrir leur alliance. C'est par une suite de cette même antipathie que les Espagnols ont constamment fermé l'entrée de leurs états à la nouvelle religion ; et on ne saurait l'attribuer qu'aux maximes républicaines dont les religionnaires sont accusés d'être imbus.
Le roi, convaincu de plus en plus que, pour étouffer dans son royaume toute semence de schisme , il ne devait donner à aucune des différentes factions sujet de se vanter qu'elle disposait de son pouvoir, et que, pour réduire tous les partis, il n'en fallait épouser aucun, rejeta constamment les offres de l'Espagne , et celles que le duc de Mayenne lui fit faire à même fin ; mais dans le même temps il se montrait prêt à traiter avec chacun des chefs ou des villes de la Ligue qui viendraient se rendre à lui , et de les récompenser à proportion de leur empressement et de leurs services. C'est dans ce sage milieu qu'il résolut de s'arrêter. Quoique sa dernière action l'eût imi de religion avec la Ligue, son aversion pour l'esprit de ce corps et pour les maximes par lesquelles il
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s'était toujours conduit ne diminua point. Le seul nom de la Ligue suffisait encore pour allumer sa colère. Les catholiques ligueurs s'étant imaginé que Tabjui alion de ce prince les autorisait à abolir dans quelques villes de leur dépendance les édits favorables aux réformés , le roi les y fit rétablir ; et quoiqu'en quelques endroits ils eussent obtenu pour cela le consentement des huguenots mêmes, déteraiinés à acheter la paix à quelque prix que ce fiit , parce que le parti protestant en murmura, .^ Henri cassa tout ce qui s'était fait à cet égard ' ,
et témoigna que son intention était de tenir constamment la balance égale.
Le duc de Mayenne, voyant que cette dernière ressource, qu'il avait crue infaillible, lui manquait après toutes les autres , joua de son reste auprès des Parisiens, ses anciens amis, et ne négligea rien pour réveiller leur humeur mutine ; mais , bien loin d'y réussir, il ne put les empêcher de faire éclater leur joie de ce qui venait de se passer à Saint- Denis. Ils parlaient publiquement de paix en sa présence même. Il eut le chagrin d'entendre pro-
■ Le roi tînt une assemblée des protestans à Mantes, le 12 décembre de ceUe année, et y déclara publiquement que son changement de religion n*cn apporterait aucun dans les affaires des réformes. Mém. de la Ligfie , tome 5. Et les calvinistes lui ayant fait plusieurs demandes, il leur dit qu'il ne pouvait les leur accorder^ mais qu'il les tolérerait, t. 2,liv. i,p. 164.