‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 92 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. l8c · texte numérisé non relu

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pressé de toutes parts et réduite aux abois, ne faisait plus que se défendre dans quelques bouts de rues où elle était acculée, et ne disposait plus que d'une seule des portes de la ville. L'arrivée de Biron lui fit reprendre courage. Ils rechassèrent ensemble le vicomte de Tavannes et l'investirent dans les châteaux de Dijon' et de Talant. C'est sur ces entrefaites que Biron apprit que le duc de Mayenne , qui était sensiblement affligé du succès des armes du roi en Bourgogne , avait si instamment sollicité le connétable de Castille , que celui-ci était sur le point de passer enfin les monts à la tête d'une armée et d'entrer en Bourgogne. Biron , cachant au roi ce qu'il avait appris, se contenta d'envoyer le prier de venir au plus tôt lui aider à réduire le cliateau de Dijon. Le roi arrivait à Troyes lorsqu'il reçut la dépêche du maréchal, et devinant par pure conjecture ce que Biron savait par un bon avis, je veux dire que le connétable de Castille , qu'il croyait devoir bientôt passer en Flandre, prendrait sa route par Dijon, pour y rétablir en passant, avec le duc de Mayenne, les af£sdres de la Ligue, il y marcha en diligence et mit tout en œuvre, afin qu'ils ne trouvassent plus rien à £aire à leur arrivée.

Il est sans contredit que ces deux généraux ^core pu prévenir le roi , et se conseru de Dijon, s'ils ne s'étaient pas ar-

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rétés mal à propos k prendre sur leur chemin Vesoul et quelques autres petites places en Franche-Comté, dont les troupes lorraines s'étaient saisies. Après ce retardement volontaire, ils se trouvèrent ensuite arrêtés malgré eux à Gray, où ils trouvèrent le passage de la Saône impraticaUe par le débordement de cette rivière. Le conné* table de Castille , pour lever cet obstacle , fit un pont au-dessous de cette ville ; mais il conduisit son ouvrage si lentement, qu'il semblait craindre de s'engager dans le cœur de la France , laissant tant de rivières derrière lui. La vérité est que ce général savait déjà qu'il aurait en tête la per* sonne du roi.

En partant de Troyes, le roi fit prendre les devans au comte de Thorigny ' , avec huit ou neuf cents chevaux, qui firent bien plaisir au maréchal de Biron. Henri arriva à Dijon quatre jours après ; et, sans descendre de cheval, il alla reconnaître les dehors et tous les environs de cette place, principalement du côté où il conjecturait que les ennemis pourraient arriver. Il y fit faire de bons retranchemens , et coupa la com-^ munication des deux châteaux. Cela fait, le roi voyant que ces châteaux pouvaient, malgré tous ses efforts, tenir encore assez long-temps, il prit

' Odet de Matignon, comte de Thorigny, fils aîné du mi-^ rèchal.

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à son ordinaire, le parti de s avancer lui-même

sur la route des^ennemts avec un simple détachement, afin de retarder leur marche et de donner le tonps au reste de ses troupes d'achever Yexk^ treprise. Il jugea que ce serait un avantage considérable pour lui, s'il pouvait les trouver encore , occupés au passage de la Saône , n'eùt-il avec lui qu'une poignée de monde. Il donna donc rendez* vous à toute sa troupe à Lux et à Fontaine-Fran* çaise ' ; prit les devans avec trois cents chevaux seulement, dont une moitié étaient arquebusiers, et vint avec cette petite escorte jusque sur la Vigenne, prés du Bourg de Saint-Seine. Là, il détacha le marquis de Mirebeau * avec cinquante ou soixante chevaux, pour aller prendre langue; et pendant ce temps-là il passa la rivière de Vigenne avec cent ou cent- vingt chevaux, uniquement dans le dessein de connaître le terrain et la forme d'un pays où il serait peut-être obligé d'avoir une affaire.

Il n'avait guère fait plus d'une lieue, qu'il vit revenir à lui , assez en désordre , Mirebeau , qui lui dit qu'il avait été chargé par trois ou quatre

' Sur la frontière de Bourgogne et de Franche-Comté : cette expédition se fit au commencement de juin.

* Jacques Chabot, marquis de Mirebeau, comte de Charny, conseiller d'état, et lieutenant pour le roi en Bourgogne, mort en 1670.

igT. MEMOIRES DE SULLY.

cents chevaux qui l'avaient empêché de bien reconnaître l'ennemi. Qu'il croyait pourtant que ces quatre cents chevaux avaient été envoyés se saisir du poste de Saint-Seine, et qu'ils étaient suivis de près par toute l'armée. Le maréchal de Biron, qui arrivait en ce moment auprès du roi, offrit d'aller savoir des nouvelles plus positives. Au bout de mille pas, il trouva une garde avancée sur une colline, d'environ soixante chevaux, qu'il chargea, et, ayant pris sa place, il vit clairement toute l'armée espagnole s'approcher en ordre de bataille, et en particulier quatre cents chevaux plus avancés que le reste de l'armée, qui en poursuivaient cent cinquante français. C'était d'Aussonville % que sa majesté avait envoyé à la découverte d'un autre côté. D'Aussonville, en fuyant, détourna l'orage sur le maréchal de Biron. Le détachement ennemi l'attaqua à droite et à gauche, en se séparant en deux bandes ; sans doute dans^ la même intention que Biron, de découvrir ce qui pouvait être derrière. La différence entre eux était que les ennemis, soutenus de près de six cents autres chevaux, étaient supérieurs de plus de deux tiers aux deux troupes de MM. de Biron et de Mirebeau , qui ne faisaient en tout que trois cents chevaux.

' N. baron d'Aussonville de Saint-George, gentilhomme lorrain.

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