LIVRE SEPTIEME
Il ne servit de rien à Bouillon d'avoir ainsi mis à la boucherie son collègue. L'ennemi victorieux s'attacha à sa troupe , à celle de Saint-Paul et à l'infanterie. Leur chef ne leur avait pas inspiré l'exemple de se défendre, et ne fit encore rien moins en ce moment. Bouillon et Saint-Paul prirent la fuite, et leur cavalerie avec eux , laissant l'infanterie sans aucune espérance de salut ; aussi fut-elle hachée par morceaux. La ville assiégée demanda en vain après cela à capituler. L'ennemi, enivré de sa bonne fortune, n'écouta rien, força la place lorsqu'elle parlementait , et fit main basse partout avec une horrible inhumanité. Je tiens ce détail de Lafont, qui repassa à mon service après avoir perdu son maître, et on peut s'assurer qu'il est exactement vrai, puisque cet homme mérite toute la foi qu'on doit à un homme d'honneur, et témoin oculaire de tout ce qu'il rapporte. 11 observe qu'il périt en cette occasion plus de trois mille Français, et, ce qui est bien déplorable, plus de vaillans hommes qu'il nean avait péri dans les trois grandes batailles ensemble que le roi avait Uvrées à Coutras, à Arques
nommé Contrera , entra exprès en dispate avec eux pour l'avoir , et se servit de leur refus pour le tuer. L'Étoile dit que la haine que les Espagnols lui portaient depuis qu'il avait quitté le parti de la Ligue pour celui du roi fut la véritable cause de sa mort. Il lui donne les mêmes louanges que Rosny^ Journal de V Étoile , année i S9S.
j88 mémoires de sully.
et à Ivry. Dans le seul Villars , la France dut compter avoir fait une perte irréparable. Aux regrets communs à tout le royaume je joins particulièrement celui d'avoir perdu un véritable et rare ami.
Une autre lettre aussi fidèle du sieur Baltazard y auquel j'avais expressément recommandé de ne rien perdre de tout ce qui se ferait dans l'armée du roi, me met en état d'en instruire le public. On verra avec plaisir, en lisant ce récit, un roi que les délices du trône n'avaient pas changé. Ses succès paraissent tels en toutes leurs circonstances, qu'on ne saurait les attribuer qu'à sa valeur et à sa bonne conduite; et leur gloire redouble par l'opposition des malheurs qui arrivaient partout où il n'était point. Aussi cette campagne de Henri en Franche-Comté l'emporte, dans l'esprit de bien des connaisseurs, sur tout ce qu'on lui avait vu faire jusque-là.
J'ai remarqué plus haut que le maréchal de Biron était occupé à secourir les bourgeois de Dijon, qui tenaient assiégée la garnison ennemie dans leur château. Il y arriva fort à propos. Le vicomte de Tavannes * ayant amené un renfort considérable à cette garnison , d'assiégée elle était devenue assiégeante à son tour. La bourgeoisie,
* Jean de Saulx , fait maréchal de France par la Ligue , et lieutenant en Bourgogne pour le duc de Mayenne.