‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 106 sur 231 · LIVRE TROISIÈME. Î · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. Î

chargé d'aller l'annoncer au duc d'Épernon. Yoilà à quelle scène honteuse se vit exposé un roi qui

le but du duc de Guise dans cette entreprise. On a soutenu sur cela, comme sur toute autre matière, le pour et le corilre. Ceux qui veulent qu'il ait eu dessein de pousser ou de laisser le peuple pousser les choses à l'extrême, de se saisir de la personne du roi , en un mot , de se mettre la couronne sur la tète, s'appuient sur des pièces importantes, sur lesquelles je suis obligé de renvoyer le lecteur au premier tome des Mémoires de la Ligue, et au volume de la bibliothèque du Roi, coté 8866. Les principales sont : une lettre que lui écrivit la duchesse de Lorraine après la victoire d'Auneau , dans laquelle elle l'avertit qu'il ait à saisir l'occasion présente de se faire déclarer roi, etc.; la lettre écrite par le duc lui-même, le lendemain des barricades, au gouverneur d'Orléans, où oh lit ces paroles : « J'ai défait les Suisses, taillé en pièces une partie des « gardes du roi, et tiens le Louvre investi de si près, que je « rendrai bon compte de ce qui est dedans. Cette victoire est « si grande, qu'il en sera mémoire à jamais , etc. >>; plusieurs autres lettres où il est parlé peu respectueusement du roi, et avec le dernier mépris des princes du sang. On joint à cela la douleur que témoigna le duc de Guise, et le reproche qu'il lit à la reine-mère, de ce que, pendant qu'elle l'amusait par des pourparlers, sa proie lui échappait : enfin les écrits qui furent répandus par son ordre, dit-on, dans lesquels était établi le prétendu droit de la maison de Lorraine à la couronne ; sans parler d'une infinité d'autres pièces, qui, à vrai dire, ne sont^ifo qu'autant de libelles satires , où l'on reproche au duc François de Guise d'avoir cherché à faire valoir des droits chimériques sur l'Anjou et la Provence , et au cardinal son frère d'avoir voulu se rendre souverain de Metz sous la protection de Tempereur , projet dont la vigilance de Salcede empêcha l'exécution, mais qu'il paya de sa tête; et d'avoir traité de la religion avec le roi d'Espagne au concile de Trente, sans la

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ne sut ni prévenir, ni étouffer, ni diviser les factions ; qui s'amusa à conjecturer lorsqu'il fallait

participation du roi son maître. La plupart de ces écrits sont aujourd'hui entre les mains de tout le monde.

On justifie le duc de Guise par toutes les raisons qu'il déduit lui-même dans une lettre, ou espèce de manifeste, qu'il écrivit le même jour, i3 mai. Il y expose que le peuple de Paris s'était échauffé de lui-même, sur le bruit qui s'était répandu que le roi allait remplir la ville d'étram^ers pour faire main-basse sur les bourgeois. Qu'au lieu de le soutenir, il s'était donné mille mouvemens jusqu'à deux heures après minuit pour le calmer; qu'il avait sauvé les Suisses, et empêché le massacre ; qu'il avait conjuré les séditieux de respecter l'autorité royale, bien loin d'oser attenter à la personne du roi, « que j'eusse pu, dit-il , mille fois arrêter, si je l'avais «voulu, etc. • Ajoutez à ces raisons qu'en traitant avec la reine-mère, il n'exigea rien autre chose, sinon qu'on détruisît le parti protestant , et qu'on mît à couvert la rclii^ion; et qu'en tout cela ce ne fut jamais en son nom qu'il parla; mais en celui du cardinal de Bourbon , dont il soutenait les intérêts contre ceux du roi de Navarre et des autres princes du sang.

Je ne trouve de bien prouvé contre le duc de Guise que le dessein de se mettre sur le trône après la mort de Henri III et celle du cardinal de Bourbon ; et c'est beaucoup. Mais où est l'ambitieux qui en sa place eût résisté aux suirgestions du pape, du roi d'Espagne, et d'une grande partie de l'Europe, ^Bbui conspiraient pour son élévation ?

Le jugement que porta le duc de Parme sur cet événement [Davitay liv. 9), c'est qua« le duc de Guise avait fait trop dé « semblant, et frappé trop peu ; qu'il se devait souvenir que « qui met l'épée à la main contre son prince, en doit à Tins- « tant jeter le fourreau. » Sixte V, en en recevant la nouvelle, s'écria : « O le téméraire duc , et le lâche roi ! » Le sieur de Straford , ambassadeur anglais (je rapporte ce trait avec les

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