‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 105 sur 231 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Taux, ne laissèrent aucun lieu de douter qu'il ne fut mort de poison. La nouvelle des barricades ' ,

Jean-d'Angely, le 5 mars i588, âgé de trente-cinq ans. (De Thouy liv. 90. ) Morisot dit : Je ne sais pas sur quelle autorité la mort du prince de Condé peut être attribuée à une blessure qu'il avait reçue dans le côté, d'un coup de lance, à la bataille deCoutras. Henr, Magn, cap. 12, p. 27.

' Je n'en ferai point ici le détail, qui serait trop long, et qu'on trouve d'ailleurs dans une infinité de livres. Il suffit de dire que Henri III, pour prévenir les pernicieux desseins de la Ligue, ayant fait entrer dans Paris environ six mille hommes de troupes suisses , pour la plus grande partie , et les ayant répandus dans différens quartiers de la ville, le peuple se souleva , ameuté par quelques-uns des chefs de la Ligne , se barricada dans les rues, repoussa les soldats, désarma les Suisses, défit Jes gardes de sa majesté , poussa les barricades jusqu'à cinquante pas du Louvre , etc. ; que Henri III , près de se voir assiégé dans le Louvre , et ne voulant pas s'exposer à la violence d'un peuple furieux, sortit secrètement par les Tuileries et le faubourg Montmartre , d'où il gagna Chartres ; qu'enfin la chose tourna en négociation entre la reine>mère et le duc de Guise, et que l'entière décision fut remise aux états de Blois.

Je remarque , d'après d'Aubigné , que ce fut un grand bonheur pour Henri III que ses troupes se fussent saisies et maintenues en possession du faubo^g Saint-Honoré, et des derrières des Tuileries , et que personne du côté de la Ligue ne songea à s'emparer d'abord de ces quartiers. Ceux qui gardaient la porte de Nesle tirèrent de loin sur la troupe du roi; et, voyant venir le bac des Tuileries, où ils croyaient que pouvait être ce prince, ils coupèrent le câble. ChronoL noven-' naire, t. i.

Henri III , de son côté , fit une faute encore plus grande en défendant à Crillon , colonel des gardes françaises , de s'emparer de la place Maubert et du quartier de l'Université ; et

et de la sortie du roi hors de Paris suivit celle-ci de près , et fut répandue par le courrier qui était

en empêchant ses soldats de charger la populace , qu'une démarche plus ferme, faite à propos, aurait peut-être contenue dans le devoir. Le duc de Guise attendit six jours entiers à Soissons , n'osant venir à Paris , contre l'ordre du roi , que Bellièvre lui signifia dans deux lettres, qu'il lui envoya Tune après l'autre par la poste. Ce fut encore une faute, comme le remarque l'historien Matthieu, t. i, liv. 8, de n'avoir pas fait porter ces lettres au duc de Guise par un exprès : car le duc imagina qu'il pouvait éluder cet ordre en niant qu'il eût reçu ces lettres, comme il fit en effet chez la reine, la veille des barricades , en présence du roi et de Bellièvre , à qui il protesta avec de grands sermens qu'elles ne lui avaient pas été rendues. Cette faute ne fut pas commise par négligence, mais parce qu'on ne trouva pas seulement vingt-cinq écus à répai> gne.pour payer le voyage d'un courrier.

Le duc d'Épernon conseilla à Henri III de faire assassiner par ses gardes le duc de Guise, lorsqu'il vint au Louvre; et ce prince voulut, dit^on, y engager La Guesle et Villequier, qui l'en dissuadèrent. On dit encore que le jour même des barricades, Alphonse d'Ornano se fit fort de lui apporter la tête du duc de Guise, s'il voulait le laisser agir. On jugea enfin que le roi n'avait pas pris, à beaucoup près, toutes les précautions qu'il devait prendre , instruiycomme il l'était des projets de la Ligue, ayaiit manqué lui-même d'être pris en allant à Vincennes, et venant d'éprouver, par ce qui s'était. passé à la détention de La Morlière, fameux ligueur, que le peuple n'attendait qu'une occasion de l'insulter. Le conseil du roi s'était sans comparaison mieux comporté dans cette affaire de La Morlière , qu'il ne fit le jour des barricades. Mémoires de la Ligue , tome. 5 , Sat. Ménipp,

Il y aurait ici une grande question à agiter sur laquelle je ne saurais pourtant beaucoup m'étendre : savoir , quel était

Page 1