LIVRE TROISIÈME. IkfÀ'J
agir; qui ne fit aucun usag4MKie la prudence, ni de la fermeté; qui même ne connut jamais ni ceux auxquels il commandait, ni ceux qui rapprochaient le plus près. Les révolutions qui arrivent dans les grands états ne sont point un effet du hasard ni du caprice des peuples. Ri^ pe révolte les grands du royaume comme un gouvernement faible et dérangé. Pour la populace, ce n'est jamais par envie d'attaquer quelle se soulève, mais par impatience de souffrir.
Lesouvenir des mauvais procédés du roi HenrillI ne tint pas un moment dans le cœur du roi de Navarre contre le juste ressentiment d'un outrage aussi sanglant que celui qui venait d être fait à
paroles de Le Grain) liv. 4> « ayant été conseillé de prendre « un sauf-conduit du duc de Guise : Je ne veux, dit-il, d'autre « assurance que le droit des gens et la protection du roi vers a lequel je suis envoyé, et duquel vous et lui (le duc de Guise), « êtes serviteurs et sujets. » Le premier président de Harlai répondît avec la même fermeté au duc de Guise qu'en l'absence du roi, il irait prendre les ordres de la rcine-mèrê.
Une pièce qui mérite d'être lue sur les différentes démarches de la Ligue et du conseil, avant et après le jour des barricades, est celle qui a pour titre : Procès-verbal me Nicolas Poulain ^ lieutenant de la préçdté de Vile de France , sur la Ligue, de^ puis i565 jusqu'en i588. Ce Nicolas Poulain, qui favorisait secrètement le parti du roi , donna souvent dans toute cette affaire de très-bons conseils, mais qui ne furent point suivis. On trouve ce morceau secret d'histoire dans le tome premier du Journal du règne de Henri. III, p. 1 3a et suiv.
son sang, et qui repËltissait en quelque manière sur toutes les têtes couronnées. Il en marqua sa douleur dans son conseil , et l'avis de défendre et de secourir le roi de France ayant été embrassé tout d'une voix, il fit partir sur-le-champ son secrétaire pour assurer Qp prince qu'il pouvait disposer de sa personne et de ses soldats.
Le comte de Soissons, livré à de perpétuelles chimères, regarda cet événement comme un coup de la fortune qui , • en le délivrant de tous ses rivaux , allait le rendre tout-puissant dans le conseil et à la cour de Henri III. Changeant donc incontinent de batterie, il résolut d'aller s'offrir à ce prince ; et , pour donner plus de relief à son action, il voulut paraître devant le roi suivi d'un grand nombre de créatures, qu'il chercha dans la cour du roi de Navarre et parmi ses plus affectionnés serviteurs, dont il ne se fit point de scrupule de tenter la fidélité. Le roi de Navarre sentit, comme il le devait , l'indignité de ce procédé ; mais dissimulant son ressentiment, et faisant réflexion qu'il était de son intérêt d'avoir une personne de confiance auprès du comte, tant pour éclairer ses démarches que pour étudier le nouveau système qu'on allait suivre à la cour , il m'ordonna de prêter l'oreille aux discours de ce prince, et de feindre pour lui un zèle que je ne ressentais point. Le comte de Soissons se laissa tromper facilement ,