LIVRE TROISlMlE
partie de ce que le roi avait appréhendé était arrivée. Il avait été impossible d'arrêter auprès de lui ni le duc d'Épernon ' , ni quantité d'autres catholiques mal intentionnés, surtout ceux qui devaient leur fortune au feu roi. Leur désertion le réduisait
' L'auteur de sa vie donne de si mauvaises raisons de cette retraite, qu'on voit bien que rien ne peut le disculper. Il parut en cette occasion qu'outre le parti protestant, on en pouvait encore compter trois différens parmi les seuls catholiques : le premier, de ceux qui abandonnèrent Henri IV, après la mort de Henri III; le second, de ceux qui, n'ayant pu obtenir de ce prince qd'il déclarât dans le moment même qu'il embrassait la religion catholique, restèrent auprès de lui, mais sans affection ni véritable attachement. Le nombre en était trèsgrand : les principaux étaient les ducs de Longuevillc et de Wevers, d'O, qui avait porté la parole au nom de tous, et une infinité d'autres; et le troisième, de ceux qui parlèrenthautement de servir le roi , dit d'Aubigné, sans si et sans car. Ceux-là étaient en fort petit nombre, les maréchaux d'Aumont et de Biron, Givri, etc. Henri IV fut extrêmement embarrassé de celte brusque proposition que lui firent les catholiques, et de la déclaration qu'ils y joignirent, qu'ils allaient se retirer , s'il ne leur donnait cette satisfaction. Il leur répondit avec fermeté qu'il ne lui serait jamais reproché d'avoir fait une pareille démarche par la seule contrainte, et il leur demanda six mois pour y penser. Voyez à ce sujet les historiens, et surtout d'Aubigné y tome 3 j liv. 2, chap. ^3. Les services que le maréchal de Biron rendît en cette occasion à Henri IV furent si importans, qu'ils ont fait dire que c'était .lui qui l'avait fait roi; et on ajoute que ce maréchal le reprocha un jour à Henri IV en se servant de ces mêmes termes. Mém. de Brantôme,
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presqu'aux seules troupes qu'il avait amenées , et le mettait dans l'impuissance de continuer le siège de Paris , ni même de tenir dans les environs. Les puissances étrangères, ou ne lui rendaient que de belles paroles , ou ne lui offraient que des secours qui n'apportaient pas un remède à des maux actuels. Il allait donc être obligé de se retirer vers le centre du royaume , et il avait déjà répandu parmi les gens de guerre , sans pourtant leur en découvrir le vrai motif, le bruit d'un voyage qu'il était sur le point de faire à Tours. Cette retraite n'importait pas moins à la conservation de sa personne qu'à l'état de ses affaires. Mille dangers le menaçaient aux environs d'une ville où le roi son prédécesseur , tout catholique qu'il était, et ayant sous ses ordres une armée puissante , n'avait pu éviter une fin tragique. On y prenait en ce moment les dernières résolutions pour se défaire de ce prince , et il y a de quoi frémir, lorsqu'on songe que ces conseils cruels se tenaient au milieu même de son armée, et que ses assassins étaient peut-être à ses côtés. Dans une conjoncture si embarrassante, on ne pouvait mettre dans Meulan qu'un homme qui eût actuellement un régiment prêt , avec lequel i pût défendre une place dont la Ligue, devenue insolente par la mort du roi , dévorait la conquête.