‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 122 sur 231 · LIVRE TROISIÈME. aSg · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. aSg

notre roi et notre maître j^ et quelques instans après , MM. de Biron ' , de Bellegarde , d'O , de Châteauvieux , de Dampierre , et plusieurs autres , firent la même chose.

Le roi de Navarre sentit qu'il était dans un de ces momens critiques dont le bon ou le mauvais emploi pouvait décider de son sort pour tout le reste de sa vie. Sans se laisser éblouir par la vue d'un trône où cet instant le plaçait, ni se laisser abattre par le découragement ou par une douleur inutile , il commença à donner tranquillement des ordres pour tenir tput dans le devoir et prévenir les soulèvemens. Il se tourna vers moi, et , avec cet air de fajailiarité dont il entretenait ceux qu'il connaissait lui être affectionnés, il me dit d'aller au quartier du maréchal d'Aumont ^ , d'y semer parmi les troupes la nouvelle de la mort du roi , avec tout le ménagement nécessaire pour se les attacher davantage ; de faire parler par ce maréchal aux gardes françaises, afin d'engager leurs officiers à venir lui présenter leurs hommages l'après-midi , et de porter la noblesse à, faire la même ohose. Le roi ajouta que j'eusse

' Armand de Gontaut , maréchal de Biron ; Roger de Saint Larry de Bellegarde , grand-écuyer de France; François d*0, gouverneur de Paris et surintendant des finances; Joachim de Châteauvieux.

' Jean, duc d'Aumont, maréchal de France.

l'œil sur mes propres,Mua|^tiers , pour les contenir dans l'obéissance. Il songea encore à s'appuyer de toutes les puissances étrangères sur le secours desquelles il crut pouvoir compter. Il écrivit ou députa en Allemagne , en Angleterre , en Flandre , aux Suisses et à la république de Venise, pour leur faire part du nouVel événement, et pour les instruire du droit qu'il lui donnait à la couronne de France.

Je lui représentai qu'une des choses qui semblaient presser davantage était de tâcher de s'emparer de Meulan , place d'une très-grande importance en cette occasion, et dont on connaissait le gouverneur, nommé Saint-Marc, pour être passionné ligueur dans le cœur. Je lui expliquai en peu de mots comment l'exécution m'en paraissait assez facile, et le roi l'ayant approuvée, j'allai à Meulan demander à conférer avec Saint-Marc sur des choses que je disais être de grande conséquence pour lui. Il sortit , et tandis que je l'amusais d'une feinte confidence , le maréchal d'Aumont se présenta avec des troupes pour passer sur le pont ; et, profitant d'un premier moment de surprise pour se faire passage jusque dans le château, il s'en rendit le maître , et nous en chassâmes le trop crédule Saint-Marc.

Le roi m'offrit ce gouvernement, que plusieurs considérations m'empêchèrent d'accepter. Une

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