‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 125 sur 231 · LIVRE TROISIÈME. Si · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. Si

que je trouvai aux environs de Mantes , et répandue sur mes terres. J'allai me poster dans ma forêt, d'où je fis. mes observations. Je rapportai au roi que l'armée de la Ligue était de vingt-cinq mille hommes de pied effectifs , et de huit mille chevaux. Le roi , qui n'avait à opposer à une armée si formidable qu'un petit camp volant , ne voulut négliger aucune précaution. Il avait déjà fait sonder le commandeur de Chastes ' pour savoir si ce gouverneur serait d'humeur, en cas d'inconvénient , de le recevoir dans Dieppe , et il avait eu tout sujet d'être content de sa réponse. Il voulut s'assurer par lui-même des dispositions de ce commandeur, et alla conférer avec lui. Il en revint extrêmement satisfait; et, voyant qu'il pouvait compter sur une place de retraite aussi sûre que Dieppe ^ , il en craignit moins de tenir la campagne devant l'ennemi , et , résolu de lui faire -tête jusqu'à la dernière extrémité, il vint se poster devant Arques.

Au bout de la chaussée d'Arqués règne un long

* Aimar de Chastes, commandeur de Saint-Lazare, gouverneur de Dieppe.

• On a dit que, dans Textréraité ou Henri IV se vit réduit sous les murailles de cette ville, il fut sur le point de se retirer en Angleterre, et que ce fut le maréchal de Biron qui l'en détourna, en lui conseillant de tenir bon à Arques. Il disait avant la journée d* Arques qu'il était roi sans royaume, mari sans femme , et guerrier sans argent.

coteau tournoyant, couvert de bois taillis. Audessous est un espace de terre labourable, au milieu duquel passe le grand chemin qui conduit à Arques , ayant des deux côtés deux haies épaisses. Plus bas encore à main gauche, au-dessous de ce terrain labouré , est une espèce de grand marais , ou terre fangeuse. Un village nommé Martinglise, borne le coteau environ à une demi-lieue de la chaussée. C'est dans ce village et aux environs qu'était campée l'armée entière du duc de Mayenne.

Le roi vit bien qu'on pouvait le taxer de témérité d'entreprendre de résister à une armée de plus de trente mille hommes, n'en ayant guère plus de trois mille. Mais, outre que difficilement il eût pu trouver un endroit plus favorable à son petit nombre , et qu'il ne laissait pas d'y voir du danger à reculer, il crut que la faiblesse de son parti demandait dans ces commencemens un coup éclatant. Il n'omit rien de tout ce qui peut en quelque manière compenser le nombre. Il fit couper de profondes tranchées , le bas de la chaussée, et le dessus, aussi bien que le dessous du grand chemin. Il posta douze cents Suisses sur les côtés de ce chemin. Il mit six cents lansquenets pour défendre les tranchées supérieures, et en plaça mille ou douze cents autres dans une chapelle qui se trouvait dans le milieu des tranchées infe-

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