‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 145 sur 231 · LIVRE TROISIÈME. agS · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. agS

du vin pqi^ir prévenir l'évanouissement, que je sentais approclier. Après avoir repris mes forces, je gagnai Anet, dont le concierge me donna un appartemcÉit , où je fis mettre le premier appareil à me&splaies, en présence du maréchal de Biron , qui y passa quelques momens après mon arrivée , et se fit apporter de quoi faire collation dans ma chambre. Il conduisait le corps de ré- ^ serve qu'il commandait, au roi, qui, sans s'arrêter, après sa victoire, avait passé la rivière d'Euça à la suite des ennemis, et prit enfin, comme on me le rapporta , la route de Rosny , où il coucha cette même nuit ^

' « Le soir, comme il soupait au château de Rosny, ayant « été averti que le maréchal d'Aumont venait hii rendre compte « de ce qu'il avait fait, il se leva pour aller au-devant de lui ; « l'ayant étroitement embrassé, il le convia à souper , et le fit « asseoir à sa table avec ces oblka^antes paroles : Qu'il était « bien raisonnable qu'il fût au fi&in, puisqu'il l'avait si bien « servi à ses noces. » (Péref, ibtd. , 2" partie.) Péréfixe rapporte encore au même endroit un autre trait qui fait honneur au roi : «Il se souvint que la veille de U bataille il avait mal- « traité de paroles le colonel Théo<kMia|^dM>mberg, qui lui « avait demandé de l'argent ; et qu'il lui, avait dit en colère , « que ce n'était pas le fait d'un homme tPhôraB&iï^ de deman- « der de l'argent quand il faut prendra les ordres pour'Com- « battre. Il alla le trouver après qu'il eut rangé ses troup6i»;et « lui dit: Colonel, nous voici dans l'occasion; il se peut faire « que j'y demeurerai; il n'est pas juste que j'emporte l'hon- « neur d'un brave gentilhomme comme vous : je déclare donc « que je vous reconnais pour un homme de bieh^et incapable

D'Andelot arriva à Anet, après que le maréchal de Biron en fut parti. Plein de ressentiment de ce que je lui avais enlevé sa prise (il le croyait ainsi), il entra dans ma chambre accompa^é de cinq ou six hommes cuirassés, et me demanda une explication , d'un air également fier et insultant, ou plutôt il chercha à s'en faire raison lui-même; <* car, apercevant la cornette blanche qu'on avait mise au chevet de mon lit à côté de celle de ma compagnie, il voulut s'en mettre en possession par force , et sans faire attention à ce que je lui disais. Je changeai promptement de ton, et les paroles s'échauffèrent de part et d'autre. Je ne pouvais rien de plus en l'état ou j'étais; mais, comme il parlait avec menace et emportement, ce bruit attira dans la chambre quinze ou vingt de mes cavaliers armés, dont la vue arrêta la fougue de d'Andelot :4l fUKI^tit en faisant commande-

« de faire aucune lâcheté. Cela dit, il l'embrassa cordialement. « Alors le colonel, ayant de tendresse la larme à l'œil , lui ré- « pondit : Ah! sire, me rendant l'honneur que vous m'aviez « ôté, vous tn'ôfez tS4ie; car j'en serais indigne, si je ne la « mettais aujowîti*liuî"poiir votre service : si j'en avais mille, je « les voudrais toutes répandre à vos pieds. De fait il fut tué en « cette occasion. » Ibid,

Le maréchal de Biron , qui avait beaucoup contribué à la victoire, à la tète du corps de réserve , dit à Henri IV : « Sire, « vous avez fait ce que devait faire Biron, et Biron ce que de- « vait faire le roi. »

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