‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 149 sur 231 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Le même jour que le roi gagna la bataille d'Ivry , son parti remporta aussi une victoire en Auvergne ' , où Randan commandait les troupes de la Ligue ; mais il semble que la fortune , en donij^ant à ce prince des succès qui suffisaient à le mettre en possession de plusieurs couronnes , se plût en même temps à faire naître des circonstances qui en empècliaient l'effet, et ne lui laissaient de ses victoires que la seule gloire d'avoir vaincu. Après la bataille d'Ivry , la terreur et la consternation étaient si grandes dans tout le parti de la Ligue, que le roi, attentif cette fois à profiter de tous ses avantages, semblait ne pouvoir manquer d'en retirer de fort grands. Il ne s'attendait pas à se les voir ravir par la mutinerie générale de son- armée : les Suisses surtout refusèrent nettement de faire un seul pas en avant , qu'ils n'eussent été payés auparavant des sommes que le roi leur devait.

Ce prince n'avait alors ni argent , ni moyens prompts d'en recouvrer. Il vint à Mantes pour

' A Issoire. Voyez-en le détail dans Cayet, ibid., 3 29 ; de ThoUf etc, Jean-Louis de LaRochefoiicault, comte de Randan.

3o4 MEMOIRES DE SULLY.

en demander au surintendant des finances. Cet homme, qui en secret haïssait mortellement le roi , et ne voyait ses succès qu'avec chagrin , se plaisait à augmenter son embarras, et n'avait que la même réponse à faire à toutes ses instances. Dans ce temps de confusion, où les deniers royaux étaient en proie au premier occupant, les finances*^ ' étaient fort difficiles à conduire, et les revenus du ' roi suffisaient à peine à l'avidité des financiers ,. qui ne fait que s'accroître ordinairement par \sl misère publique. Une autorité absolue , qui seule " eût pu y mettre un frein , manquait à Henri , et il manquait encore davantage des moyens de les convaincre de malversation , parce qu'il n'avait en ce temps-là aucune teinture, même la plus légère, des affaires de finances. Il entra pourtant, commuté ' malgré lui, dans un détail qui lui devenait nécessaire , et il obligea d'O * de lui remettre certainfs sommes qu'il ne fut pas difficile de lui faire voir qu'il avait touchées , dont il se servit pour apaiser le soulèvement de ses soldats; mais pendant ce temps-là il se passa du moins quinze jours, pendant lesquels le roi ne put sortir de Mantes , hâ par conséquent profiter de sa victoire.

* François d'O, soigneur d'O, de Maillcbois, de Fresne, maître de la garde-robe de Henri III, premier gentilhomme de la chambre, surintendant des finances , gouverneur de Paris et Ile de France. Il en sera encore parle dans la suite.

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