LIVRE QUATRIÈME. '' 3o
Je me souviens d'avoir entenHu dire à ce prince, qu'il se voyait en ce moment, pour la première fois de sa vie, en situation de pouvoir convertir ses désirs en desseins. « J'ai eu souvent des désirs, « disait-il, mais je n'ai pas encore tnouvé la saison « de former des desseins. » Il prenait ce dernier ;:# terme dans la signification que tout homme sage ^ ^ doit lui donner , pour un projet dont la prudence -»e^la réflexion assurent la réussite. En ce sens il ' . • ^t vrai que chacun peut souhaiter ce que bon lui '•;, s^nble sans nuire à personne; mais il n'y a que • , les fous qui se jettent dans des desseins sans faci- * jité ni apparence de les effectuer. '.* Pendant le séjour du roi à Mantes, d'Andèlot .::.^alui porter ses plaintes contre moi, et ce prijdce ^^'..^ donna la peine de venir à Rosny pour nous en- /?,t tpidre tous deux. D'Andèlot y fut généralement .,l|amé, et les railleries qu'il eut à essuyer des * principaux officiers sur sa ridicule prétention lui •diftneurèrent si avant dans le cœur, qu'elles le fipmt passer dans le parti de la Ligue. Il me parut ' ^ù'on ne me rendit pas la même justice sur le g<mvernement de Mantes, dont la prise fut pres- ;;- <iue le seul fruit de la bataille d'Ivry. Le roi , à ^j'avais demandé cette place, en gratifia les catholiques ' à mon préjudice, et je ne pus m'em-
' Ce gouvernement fut donné au jeune frère de M. de Rosny. ï. OlO
296 MÉMOIRES DE StJLLY.
D'Andelot arriva à Anet, après que le maréchal de Biron en fut parti. Plein de ressentiment de ce que je lui avais enlevé sa prise (il le croyait ainsi), il entra dans ma chambre accompa|Spié de cinq ou six hommes cuirassés, et me demanda une explication, d'un air également fier et insultant, ou plutôt il chercha à s'en faire raison lui-niéme; ^ car, apercevant la cornette blanche qu'on avait mise au chevet de mon lit à côté de celle de ma compagnie, il voulut s'en mettre en possession par force , et sans faire attention à ce que je lui disais. Je changeai promptement de ton, et les paroles s'échauffèrent de part et d'autre. Je ne pouvais rien de plus en l'état ou j'étais; mais, comme il parlait avec menace et emportement , ce bruit attira dans la chambre quinze ou vingt de mes cavaliers armés, dont la vue arrêta la fougue de d'Andelot : Jl^ffi:tit en faisant commande-
« de faire aucune lâcheté. Cela dit, il Tembrassa cordialement. « Alors le colonel , ayant de tendresse la larme à Tœil , lui ré- « pondit : Ah! sire^ me rendant l'honneur que vous m'aviez a ôté, vous In'otéz la^ie; car j'en serais indigne, si je ne la « mettais aujouiSd*huf ^owr votre service : si j'en avais mille, je « les voudrais toutes répandre à vos pieds. De fait il fut tué en tt cette occasion. » Ibid.
'Le maréchal de Biron, qui avait beaucoup contribué à la victoire, à la tète du corps de réserve , dit à Henri IV : « Sire, « vous avez fait ce que devait faire Biron, et Biron ce que dea vait faire le roi. »