LIVRE TROISIÈME. ^QQ
était fermée par les deux compagnies d'arquebusiers de James et de Badet. Elles étaient si maltraitées, qu'on n'y voyait que des têtes bandées et des bras en écharpe. Une partie de ces braves soldats étaient même obligés de se faire porter.
En arrivant sur le coteau de Beurons, nous aperçûmes toute la plaine couverte de chevaux et de chiens, et le roi lui-même qui, après un léger repas , s'en retournait de Rosny à Mantes en chassant dan^ nia garenne. Ce spectacle parut le réjouir, il en troftva l'ordonnance heureuse, et rit de la vanité de Maignan , qui avait l'honneur d'être connu de ce prince depuis que son père, fort brave homme, s'en était fait remarquer à la prise d'Eause. Le roi s'approcha de mon brancard , et ne dédaigna pas, à la vue de toute ma suite, de descendre à tous les témoignages de sensibilité qu'un ami, s'il m'est permis de me servir de ce terme, pourrait rendre à son ami. Ne pouvant me jeter à ses pieds pour lui en marquer ma reconnaissance, je l'assurai, comme je pus, que je souffrirais avec plaisir mille fois davantage pour son service. Il s'était fait instruire de tous les hasards que j'avais courus dans le combat. Il me demanda avec une inquiétude obligeante si toutes mes plaies étaient de nature à pouvoir espérer d'en guérir, du moins sans être mutilé de quelque partie du corps : ce qu'il regardait presque comme
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impossible , sachant que j'avais été renversé , froissé et foulé aux pieds des chevau3L. Quand il sut que je n'avais rien à craindre, il se jeta à mon C3U, et, se tournant vers les princes et les grands qui le suivaient , il dit hautement qu'il m'honorait du titre de \Tai et franc chevaKer : titre qu'il regardait , disait-il , comme bien supérieur à celui de chevalier de ses ordres. Il craignit de m'exposer à parler trop , et finit cet entretien si aimable par sa protestation ordinaire, que je participerais à tous les biens que le ciel lui enverrait; et, sans me laisser le temps de lui répondre, il s'éloigna, en me disant : « Adieu, mon ami, portez-vous « bien, et soyez sûr que vous avez un bon maître. » On voit des princes qui sont capables de retour et de gratitude ; mais qu'il est rare que ce sentiment augmente, ou même qu'il se conserve dans la bonne fortune!