LIVRE QUATRIEME
3^4 MEMOIRES DE SULLT.
n'y en a aucun dont j'eusse plus souhaité de donner un détail circonstancié , si j'en avais été témoin. Il s'y fit de la part des assiégés mille belles actions. Le duc de Mayenne, qui vit que cette place était d'une grande importance pour la Ligue , donna ordre au duc d'Aumale ' , lieutenanttin, qu'il faut rapporter la lettre sans date de ce prince à Rosny, qu'on voit dans les manuscrits de la bibliothèque du Roi. Tous les termes de cette lettre s'accordent avec le texte de nos mémoires ; la voici : « Toutes les nouvelles que j'ai de « Maptes sont que vous êtes harassé et amaigri à force de tra- « vailler. Si vous avez envie de vous rafraîchir et rengraisser, « je suis d'avis que vous vous en veniez ici ; cependant que vo* « tre frère sera par-delà, qui nous dira des nouvelles de notre « siège de devant Chartres , etc. » Les différens endroits de ces mémoires où il est parlé de la part que Henri IV donnait à Rosny dans tous ses conseils^ et notamment celui de sa conversion, qu'-on verra bientôt, portent à juger que ce prince a toujours eu une confiance particulière en lui. J'ai rapporté la lettre ci-dessus, pour faire voir .par un témoignage étranger que ce jugement n'est pas mal fondé , et que le duc de Sully n'en impose point par vanité àsès lecteurs. Les historiens n'ont commencé à parler de ce ministre que quand il a commencé lui-même à jouer un rôle public. Il n'en parait pas moins vrai que fort long- temps auparavant il a été l'âme de toutes les actions et de tous les conseils de Henri le Grand. On ferait aisément remonter ce temps jusqu'à celui de' sa grande jeunesse, ou, pour mieux dire, ce qu'on voit ici des actions de Sully compose une vie où l'on ne voit point de jeunesse. C'est l'avantage qu'on est obligé d'accorder aux esprits nés graves et sérieux sur les esprits vifs et pleins de feu.
* Charles de Lorraine , duc d'Aumale , fils de Claude » tué