‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 172 sur 231 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

afin de se saisir du chemin par lequel il conjecturait que le duc de Guise et les fuyards se reti* reraient vers l'armée, et de les faire tous prisonniers. J'eus ordre de soutenir le duc de Nevers avec soixante chevaux. J'obéis avec répugnance , me doutant bien que cette affaire, mise en de pareilles mains , aurait une fin peu digne de son commencement.

Le duc de Nevers, homme fort lent, commença par envoyer choisir les passages les plus favorables, s'achemina vers Bully au petit pas, les mains et le nez dans son manchon , et toute sa personne bien empaquetée dans son carrosse. Il n'eut pas lieu pour cette foi de se louer de ce grand flegme. Il tarda si long-temps à arriver, qu'il donna le loisir au prince de Parme, bien plus éveillé que lui , de jeter dans Bully un régiment de quinze ou seize cents hommes, à qui il fit faire une si prompte diligence, qu'ils y arrivèrent à l'entrée de la nuit. Pour le duc de Nevers , le soleil levant du lendemain le trouva enfin sur le haut de la montagne au pied de laquelle est situé Bully , précédé de ses courriers , qu'il avait doublés

mariage avec Henriette de Clèves , duchesse de Nevers. Quoique l*auteur en parle presque toujours désavantageusement , il a fait d'assez belles actions pour mériter une place parmi les grands hommes de guerre de ce temps-là. Voyez sa vie et son éloge dans les Fies des hommes illustres de Brantôme.

ce jour-là par excès de précaution contre un ennemi qui fuyait. Les premiers, au nombre de cinquante , marchaient deux ou trois mille pas devant lui, et les seconds, au nombre de cent, précédaient son carrosse de quelques pas. Mais par malheur , avec toute sa prévoyance , il avait oublié de s'assurer de ce passage , et même d'y faire tenir un seul soldat en garde. Il commença à descendre.la montagne tranquillement , et plus tranquillement sans doute que s'il eût su quels gens il fidlait trouver dans Bully. Ses premiers coureurs, étant entrés dans le bourg, furent assez surpris d'y voir si bonne compagnie; mais, comme le froid avait obligé ces soldats de se désarmer et de jeter bas leurs piques pour se ranger autour d'un grand feu qu'ils avaient allumé, ces cinquante coureurs eurent le temps de se sauver en donnant des deux; ce qu'ils firent, non pas du côté où était leur maître , mais en traversant le bourg à toutes jambes , et sortant par l'extrémité opposée, sans s'embarrasser de ce que pourrait devenir le duc de Nevers, qui était pour lors enfoncé avec son carrosse dans l'endroit le pjus. profond d'une descente également escarpée, rude et tortueuse. Ce fut en cet endroit que Nevers, entendant les coups de fusil que le régiment ennemi lâcha après ces premiers coureurs , et les seconds étant venus lui faire leur rapport avec un air si consterné ,

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