LIVRE QUATRIÈME
qu'il en fut glacé d'effroi, il résolut de se diligenter pour cette fois. Il jeta manchon et fourrures, non sans crier bien des fois diantre ^ ni sans quereller ses valets , qui ne venaient pas assez promptement pour lui aider à mettre pied à terre. Tout cela ne dégageait pas le carrosse , qu'il fallut enfin faire remonter à reculons jusqu'au haut de la montagne, où le duc s'en servit encore à regagner, un peu plus vite que le pas , l'endroit où il avait cou- . ché la veille. C'est ainsi que nous secondâmes le roi en cette occasion : exploit risible où le danger n'égala pas la peur, à beaucoup près, puisqu'on n'y perdit pas un seul homme.
Le prince de Parme , 'connaissant par ce coup important à quel ennemi il avait affaire, n'osa plus dans la suite tenir son avant-garde séparée de l'armée, et redoubla si fort de défiance, voyant que le roi ne le quittait presque point de vue , que c'est là sans doute la cause qui l'empêcha de profiter autant qu'il pouvait le faire de la rencontre d'Aumale : action singulièrement hardie de la part du roi, et qui mérite bien qu'on s'y arrête.
Quelques jours après celle dont il vient d'être fait mention, le roi, en côtoyant le prince de Parme à une grande distance , s'était avancé avec six mille chevaux vers Aumale. Givry , qu'il avait envoyé à la tête de quelques maîtres prendre
langue, vint lui rapporter que l'armée ennemie s'avançait droit à lui dans la plaine, et en bon ordre, apparemment pour le forcer à reculer, et Tentamer dans sa retraite. Le roi assembla son conseil, et, trouvant qu'il avait trop et trop peu de monde, comme il di6ait, il résolut de faire reprendre à toute cette cavalerie le chemin d'Ophy , Blangy et Neufchâtel, de garder avec lui quatre œnts cavaliers seulement, et cinq cents arquebusiers aussi à cheval , et de s'avancer avec cette troupe dans la plaine , pour reconnaître exactement l'état et le nombre de l'armée ennemie , et , en voltigeant autour d'elle , en enlever ou défaire quelque escadron.
- Il monta le coteau d'Aumale avec ses neuf cents chevaux , et marcha deux lieues sans rien apercevoir; jusqu'à ce que le temps étant devenu fort clair , d'extrêmement sombre qu'il était , il vit revenir une seconde fois Givry , qui lui donna un entier éclaircissement sur tout ce qu'il voulait savoir de cette armée. Elle était si proche, qu'on entendait les trompettes et les tambours : mais Henri voulut la voir par lui-même. Il en fit une revue exacte, et trouva qu'elle était de dix-sept ou dix-huit mille hommes d'infanterie, avec une cavalerie de sept à huit mille hommes , qui marchaient fort serrés, la cavalerie au milieu des bataillons, et le tout flanqué de chariots et de