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rivière que pour retourner chez eux, ou s'engager ^vec la Ligue.
Il n'y avait pas jusqu'aux Espagnols, ennemis si déclarés du roi, qui ne fissent aussi leur brigue , et ne se mêlassent des affaires de ce prince. Us lui ûrgfït proposer dans ce même temps , nonseulement de retirer leurs troupes, mais encore de les lui prêter contre la Ligue même; en un mot, de lui mettre la couronne sur la tête, pourvu qu'il consentit à leur céder à perpétuité la Bourgogne et la Bretagne, Pour aider le roi à vaincre les scrupules qu'il eût pu avoir sur une pareille libéralité, ils lui rappelaient l'exemple de François I, qui leur avait abandonné, disaient-ils, dans un cas bien moins pressant ^ , la souveraineté de la Flandre et de l'Artois ; et celui de Henri II , qui avait cédé à l'Espagne plus de villes ^ qu'il n'y en
* Par le traité passé pendant la prison de ce prince à Madrid, le 25 février iSaô, François I y renonçait de plus aux duchés de Bourgogne et de Milan, au royaume de Naples , etc. Mais ce traité fut déclaré nul par les états du royaume assemblés à Cognac.
* Par le traité de Cateau-Cambresis, en janvier iSSg, après la bataille de Saint-Quentin , pour les trois seules villes de Ham, le Châtelet et Saint- Quentin, la France rendait à l'Espagne et à ses alliés plus de cent cinquante pl^pes fortifiées. La jalousie du connétable de Montmorency contre le duc de Guise, et l'envie de sortir de prison , lui firent conclure ce traité , dont tout le royaume murmura.
a dans ces provinces. Le roi avait tout lieu de croire qu'une négociation si fort à contre-temps était une finesse espagnole clana le goût de celle d'Hagemau, qui n^ tendait qu'à brouiller davantage les cartes, et à le rendre suspect aux catholiques et aux protestans tout ensemble. IVfciis quand elle aurait été fort sincère, il avait une raison incomparablement plus forte de ne s'y pas prêter, c'était un fond de haine implacable contre l'Espagne et la maison d'Autriche.
Enfin la Ligue elle-même entrait pour quelque chose dans les résolutions qui se prenaient dans le conseil du roi. Villeroi, Jeannin, Zamet et quelques autres firent offrir de la part de la Ligue à Henri de le pla-cer sur le trône moyennant certaines (Sbnditions. Il est difficile de décider quel était le motif de cette démarche : dégoût de la hauteur et du faste des Espagnols, artifice pour en obtenir de nouveaux secours, ou dessein d'aliéner du roi les huguenots. La seule marque à laquelle on puisse conjecturer qu'ils agissaient sincèrement, est la dureté des conditions qu'ils proposaient. J'aurai bientôt occasion de m'^étendre sur ce projet.
Le moindre effet de ce chaos de vue^ et d'intérêts était de répandre sur les affaires une obscurité impénétrable, et dans les esprits la défiance et la jalousie, et il est étonnant qu'après cela les
catholiques étales pTtiJtestans aient pu vivre -ensdKbls dans le même camp sanâ exposer le roi à leîfVoir à chacMs ii\staiît ei^, venir aux mains , et ,^ s'égorger les^mS les autres. Ceux qui cherchent dans un prince ce que l'on appelle de la politique trouveront ici une ample^atière de louer la prudence du roi à tenirimfts lant de choses inalié- 'nAles et son discernement à pénétrer ceux qui agissaient *de bonne foi avec lui;' car un dernier trait qu'il ne faut pas oublier, c'est que tant de mouvemens secrets laissaient voir un dehors tranquille et uniforme. Le faux prenait toutes les marques du vrai, et l'ennemi se couvrait du masque de l'ami. Tel qui paraissait le plus affectionné au roi, ou le trahissaiÇ^ .011. ne travaillait que pouf* cela.
Il serait inutile de dissimuler que le ma/échal de ^iron joua souvent ce rôle. Soit dépit du reTu^^ du gouvernement de Rouen , soit envie de perpé^ tuer la guerre', soit tempérament, il ne clîferchait qu'à jeter partout la confusion et la diviiâon. Jamais on ne le vit se ranger de l'avis commiin , ni se rendre à la volonté du roi. Il contredisait sans cesse, ou pour le plaisir de contredire, ou
' « Quoi donc, m.irand! nous veux-tu eay^^^er pl.intc^^d^fc ^ 4 « choux à Biron? » dit ce mam-hal à scm (iîs,atl|ii'« piopostUt .. '^^V; un expédient de finir tout d'un coup la gii«cre.' FeV/. secundepartie, wia. . : ■ /^^y. r-,^
3^^ MÉMOIRES ?3Éii^^^LLT.
pour celui de forcer tout Jfc monde à embrasser son opinion. Dans le conseil à l'occasion du(pkl je suis entré dans tout ce clétail, sm sentiment ne fut ni de poursuivre les^ennemi^ïni de s'arrêter en Normandie. Il imagina qu'on devait prendre les devans pour allei* attendre le prince de Parmç sur les frontières de Pidkftlie, par où il fallait qull repassât en s'en retournant en Flandre ; projet singulièrement chimérique , qui fut aussitôt applaudi par les protestaris soumis à toutes les volontés de ce maréchal.
Le roi vit bien qu'il ne' ferait que des efforts inutiles pour retenir à sa suite des troupes si mal intentionnées. La campagne avançait yers sa fin. Un siège aussi long et aussi rude que celui de Rouen faisait soupirer le isoldat après le repos. Ce prince ne voulut pas le lui refuser. Il suivit la '•^^Atelime qu'un prince doit se faire savoir gré de tout ce qu'il fait, même de ce qu'il fait malgré lui. Il parla aux étrangers qui voulaient s'en retourner chez eux , et leur en donna la permission. U leur distribua tout ce qu'il avait d'argent, quoiqu'il en manquât lui-même pour ses besoins les plus essentiels , et s'il ne les satisfit pas entièrement a Qgl égard , ils eurent tout sujet d'être contens de •■^[li'lk manière ufÂle et distinguée avec laquelle il ' loua leurs services et les remercia. Comme il laisit la Normandie tranquille , et tout entière sous
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son obéisssbice , $ Texception de Rouen , et d'un fort petit nombre d'autres villes^ et qu'il n'y îSfeit pas lieu de craindre que l'armëé de la Ligue s'en approchât ae long-temps , il donna la même liberté de se retirer en leurs maisons à tous les offi-
« ciers de soft armée, soit catholiques, soit protestan3. Pour, mettre le maréchal de Biron dans la
'. néc^ssné de ne pas l'abandonner avec ses protes-
*-tans, auxquels il vit qu'il allait être réduit aprè^ cette permission, il déelara qu'il s'en tenait à son
îî^vis, efquQ dans peu de jours il prendrait le chemin de la J^icardie, non qu'il entfli^jdans les vues du maréchal, mais parce que, ne s'étant encore montré ni dans cette province, ni dans celle de Champagne, il crut devoir s'y faire connaître et s'en attirer l'affection. Un motif plus secret' favorisait et fortifiait encore cette résoluticm"; et Biron, qui connaissait gt,flattait les**faiblesses du roi, en faisait sa meilleure raison.
' Son amour pour madempiselle d*Estrées. « II se dérobait « quelquefois de son armée pdÏLr l'aller voir. Un jour même il R sq: déguisa en paysan, passa intf'tï'avcrs des gardes ennemies, « et arriva chez elle, opn sans courîr risque d'être ^rïs,^ Notes sÊtr la Henriade,