LIVRE QUATRIÈME. ^'jS
le défendaient, se voyant forcés, gagnèrent en désordre le camp fortifié, ayant perdu plus de huit cents des leurs. Leur fuite mit à découvert la plus grande partie des logemens , surtout celui d'Yvetot , où le prince de Parme avait cru renfermer, comme en un lieu d'asile, le duc de Guise avec cette même avant- garde qui avait déjà été si mal menée.
Henri , comme s'il en eût voulu personnellement au duc de Guise, se hâta d'aller reconnaître
le quartier d'Yvetot ; et, jugeant aux cris de bouteselle et d'alarme qu'il y entendit qu'on n'y était pas bien rassuré, il fondit sur ce quartier avec quatre cents mousquetaires ou piquiers et mille fantassins, armés de hallebardes et de pistolets, l'attaquant par plusieurs côtés à la fois. Le prince de Parme , qui ne s'était point attendu à des exécutions si rapides, vit le moment où toute son avant-garde allait être passée au fil de l'épée : et, ne prenant plus de conseil que de la nécessité, il y accourut lui-^même, et soutint avec vigueur l'effort de nos armes, jusqu'à ce que les troupes de tout ce quartier eussent gagné le camp retranché. Il y perdit sept ou huit cents hommes, presque tous soldats. Le plus grand malheur fut que dans le temps qu'il payait ainsi de sa personne, en homme qui sait aussi bien se battre que com-
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ment , il y avait fort peu de temps , que , si le roi après un certain terme qu'on lui prescrivait , n'abjurait pas le calvinisme, ils étaient résolus de retirer les secours qu'ils lui donnaient , et de se réunir avec le reste de la France pour y établir un roi de leur religion; les catholiques, dis-je, n'avaient garde de goûter un avis qui, en rendant le roi maître de ses ennemis, le mettait conséquemment en état de leur donner à eux - mêmes la loi au lieu de la recevoir d'eux.
Les huguenots, qui craignaient d'autant plus ce changement de religion, que les catholiques s'attachaient à en faire valoir la nécessité, pre-^ naient ombrage de tout, et se regardaient toujours comme étant sur le point d'être sacrifiés, tant que le roi ne leur sacrifierait pas lui-même l'intérêt qui lui faisait rechercher les cathoUques. Dans la crainte qu'en exterminant la Ligue, ils n'eussent travaillé pour les catholiques contre euxmêmes , ils s'accommodaient mieux d'un état qui, en laissant du moins la balance égale , les rendait nécessaires; et s'il fallait qu'un jour le roi fut enlevé à leur religion , ils voulaient que cela n'arrivât du moins qu'après qu'ils auraient pris de justes mesures pour se faire craindre , et des catholiques, et de celui qu'ils se seraient donné pour maître. Ces précautions étaient de se faire céder un si grand nombre de villes, d'obtenir des édits
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s^favocables^^et 4e prendre tant d'autres assurances, que 4e roi, tout catholique qu'il eût été^ trouvât sa politique et s4)n intérêt à les ménager, C'esf'vers ce but que le duc de Bouillon, principal moteur des démarches du patti, dirigeait toutes ses vues, et à (Juoi il faisait servir les cinq ou six cents reîtres dont il disposait. On les voyait au moindre sujet de ;mécontentement , ou plutôt .au premier caprice, éclater en murmuras, et menacer, comme iM 0rent alors , diwepasser %n Allemagne. Le roi, ÊWtnt à se comporter 4? manière qu'il contentât également des partis si xipposés , étaif très-émbarrassé à étouffer toutes ces semences de division. .Il aurait voulu ne jan^^is en venir à une rupture ouverte , ou tout au moins ne franchir ce pas que quand il en aurait écarté tout le danger. Cet embarras le rédc^ait à des condescendances et à des ménagemens très-préjudiciables à l'état de ses affaires.
Il n'y a point de labyrinthe pareil à cette complication d'intérêts qui divisait les différens partis dont (était composée l'armée du roi ; je n'en ai encorift touché que la moindre partie. Les catholiques, outre leur objet commun, avaient chacun leur intérêt particulier, qui était de faire acheter fort cher à Henri leur service personnel , et il ne fallait pas croire que, sans cette satisfaction, ils acheminassent les choses à une conclusion gêné- I. ^5
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raie. L'intérêt des calWnistes" français n'était pas non plus en tout le même que celifi des réformés étrangers. Il y avait des momens où les Anglais, les seuls qui se tinssent unis, convenaient entre eux que dans tous les dangers qu'ils couraient, ils se piquaient d^une générosité qui, de quelque manière que les choses tournassent , ne pouvait jamais leur rien produire. £n ces momens ils se regardaient comme des insensés, qui s'immolaient en pure perte poar servir des passions étrangères, et demandaient à se retirer, comme ils firent en cette occasion, où ils refusèrent nettement de s'engager au-delà de la Seine, ne trouvant ni sûreté ni ressource dans un pays trop éloigné de la mer. Pour les aigrir davantage , et pour fortifier leurs défiances, les catholiques saisissaient ces momens pour leur faire regarder l'abjuration du roi comme un point nécessaire.
A l'égard des autres étrangers, qui n'agissaient qu'autant qu'ils étaient payés , d'O et ces mêmes catholiques avaient un secret également court et infaillible, et ils s'en servaient fréquemment, c'était de faire que le roi manquât d'argent. Quand on demanda aux Suisses et aux reîtres s'ils n'étaient pas disposés à poursuivre le prince de Parme, ils ne répondirent qu'en demandant leur paie, et en protestant que, si on ne la leur délivrait pas à l'heure même , ils ne passeraient la