‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 188 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME. Sgy · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. Sgy

faits qu'on vient d^, lire ne m'a pas pertliis de m'étendre. •

Pour avoir abandonné le parti du roi , et s'être brouillé avec lui eit'Béarn, comme on l'a vu plus hai|dk le comte de Soissons ^ n'avait pas perdu l'espérance d'épouser Madame, sa sœur, dont il fM|édait toujours la tendresse. La mort de HeOTTlII 5 auquel il s'était attaché en dernier lieu , l'avait laissé dans l'armée du roi , qu'il servait comme bien d'autres sans affection , et jusqu'à ce--" qfc'li se fut mis en tête quelque nouveau projet, ou qu'il se présentât quelque occasion favorable à son amour. Il crut qu'eU#lui était offerte dans le siège de Rouen : entreprise trop importante à son avis pour que le roi pût s'occuper d'autre chose. Il feignit*, un voyage à -Nogent, et, se dérobant du camp, il passa secrètement et avec la dernière diligence eu Béarn , pour y accomplir son mariage à l'insu de Henri : mais il était UH de ceux dont le roi observait jusqu'aux moindres actions. Ce prince pénétra l'intention du comte, et y mit si bon ordre , qu'à son arrivée en Bëam , le comte trouva bien , à la vérité , madame Catherine dans les dispositions les plus favorables à son égard, quelques-uns ont dit que c'é-

* Charles de Bourbon, fils de Louis I, prince de Condé, tué à Jarnac , et de Françoise d'Orléans-Longueville. Il mourut en 1612.

tait elle - même qui l'avait , sollicité à faire ce voyage , mais il n'en /ut pas de même du conseil que le roi avait établi en cette province pour la conduire en son absence. Le 'sieur de Pangeas ' qui dirigeait ce conseil , lui tint tète , mont^ les ordres qu'il avait reçus du roi , souleva tout le pays contre lui; enfin l'obligea de repas$^ en France avec la honte d'un éclat inutile , dknnt le comte ne put tirer d'autre vengeance sur Pangeas ^qu'en le faisant tomber du haut d'un escalier, un jour qu'il se rencontra avec lui chez; le roi à Pontoise.

Le caractère *jdu comte de Soissons se connaît facilement par tous ces traits. Pour achever de le montrer tel qu'il était, jamais homme n'a eu d'ambition plus démesurée ni plus aveugle. Tous les événemens lui paraissaient autant de degrés pour parvenir à ses fins, et le jetaient dans de nouvelles routes, qui l'en éloignaient d'autant plus, qu'il prétendait s'fini approcher. Il ne connut jamais bien lui-même quel était son objet. Inquiet , chagrin, jaloux , son ambition se nourrissait de tout, et ne profitait de rien. La nature ne l'avait pas fait pour sympathiser avec le roi. Us ne se ressemblaient en rien , ni par l'humeur , ni par les manières. Le roi était, un prince franc et ouvert. I^e comte de Soissons joignait à un esprit natu-

' N.... de Pardail lan de Pangeas ou Pangeac.

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