LIVRE CINQUlÈ]|fE
rellement froid et peu prévenant , un flegme affecté, et un art de tout ce que la dissimulation a de plus mauvais. Il cherchait dans un sérieux concerté im air de grandeur qui pût imposer. Il s'étudiait à ne point être connu , çt prenait pour respect le visage glacé que la fausse gravité impose. Le faste et l'appareil étaient tout-à-fait de son goût. En un mot, l'ambition avait pris possession de son cœur, et sa conduite extérieur^ n'était que cérémonial et formalité ; et une raison de l'antipathie que le roi conçut pour lui , et qu'il ne put jamais vaincre, c'est peut-être que ce caractère approche infiniment de celui de la nation espagnole.
A l'égard du duc d'Épernon % l'ambition ne
' Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon, colonel-général de Fiance, gouverneur de Guienne, Metz et pays Messin. Il mourut en 164^9 âgé de quatre-vingt-huit ans, et, comme le remarque Pasteur de sa vie, le plus ancien duc et pair de France , le plus ancien officier de la couronne , le plus ancien général d'armée , le plus ancien gouverneur de province, le plus ancien- chevalier de Tordre, le plus ancien conseiller d'état, et presque le plus ancien homme de condition de son temps. On l'appelait la garde-robe du roi, à cause du grand nombre de charges qu'il avait dans la maison de ce prince. Il y a une fort belle réponse de lui à Henri IV, qui lui reprocha un jour en colère qu'il ne l'aimait point : « Le duc « d'Épernon, dit son historien, sans s'étonner de la colère du « roi , lui repartit avec froideur, mais avec gravité : Sire, votre « majesté n'a point de plus fidèle serviteur que moi dans le « royaume : j'aimerais mieux mourir que de manquer à la
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composait pas seule le fond de son coeiy. H y entrait un orgueil indomptable , une fierté , ou pour mieux dire , une férocité naturelle , qu'on Sentait dès le premier instant. "^j'ambition se sert, dît-on, • de toutes sortes de voies pour arriver à son but. Sur ce pied , d'Épernon n'aurait point été un ambitieux : il ne connaissait qfu'une marche, ia hauteur avec laquelle il prétendait tout emporter ; en 4in mot, l'ambition n'était en lui^qu'ampur naturel de l'indépendance, inspiré par la, dureté -du cœur , la misanthropie et une présomption qui le faisait paraître>à lui-même au-d^|Mis des égards et des récompenses. Il haïssait le roi*, parce qîi'il haïssait tout le monde; et sans doute qu'il y avait bien des momens où il ne s'acccttnmodait pas trop
vx moindre partie <j|e mpn devoir. Mais, Sire, pour ce qui est « de ranûjtié, VQtre majesté sait bien qu'elle ne s'acquiert que 9 par l'aœitié. Le roi, qui savait ç|ftl^ent estimer les grandes (( actions et les paroles de cette'nMtej convertit toute son in- « dignation en estime, etc. » Vie Ward^ rVÉpernoriy page îiaS. Le portrait qu'en fait ici le duc dfr'Sully est un peu chargé. Il serait pourtant bien difficile de dâ^fuire sriftcune de ces raisons. Tous les historiens conviennent^ avec lui sur l'ambition démesurée du duc d'Epernon ; et sesTntelligenccs avec l'Espagne sont prouvées par plusieurs- "^des lettres du cardinal ^ d'Ossat. A l'égard de son extraction : « Patrcrn , dit Busbocq , « habuit bello egregium, avum tabellionem s'we notariumi » [Epist, 17.) Selon le père D. Vaissette, au contraire, il descendait de Guillaume de Nogaret , fameux par ses démêlés avec le pape, sous le règne de Philippe le Bel. Consultez nos généalogistes.