‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 195 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

effets de leur haine ou de leur jalousie , que j'en concluais que tous les chemins à la fortune allaient m'être fermés pour toujours. J'étais encore dégoûté de la conduite du roi à mon égard. Sa froideur , que je savais pourtant n'être qu'une feinte , re^yémblait si fort à l'abandon, que je me déterminai à quitter la guerre , et à me retirer ■.■■.'•

cfaita moi, pour y vivre loin du tumulte et des affaires.

L'événement justifia la sagesse du roi , et je fus le premier dans la suite à me ranger de son opinion, et à lui donner des conseils entièrement opposés à mes premières idées ; mais alors j'envisageais tout avec d'autres yeux. Le sentiment de tout ce que les protestans et moi avions à souffrir, le peu de considération où il me semblait que j'étais, un peu de cet esprit général que dicte toujours l'intérêt de religion , voilà ce qui formait mes résolutions , et sur quoi je bâtissais pour le roi un système qui dans ce temps-là me paraissait lé seul raisonnable; J'aurais voulu que ce prince , rendant justice à ceux qui le servaient avec zèle et affection , eût refusé tout autre secours , et se fut jeté entre leurs bras.. Je me persuadais qu'après cette démarche éclatante, l'Angleterre, la Hollande, et tout ce qu'il y a de puissances protestantes en Europe , auraient fait en sa faveur de si puissans efforts , qu'ils auraient suffi à le mettra

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sur le trône , sans qu'il en eût eu aucune obligation aux catholiques. En cela, comme dans tout le reste, les lumières du roi étaient bien supérieures aux miennes. Il comprit dès le premier instant qu'un royaume tel que la Frande ne s'acquiert point par des mains étrangères ; et quand même il aurait jugé la chose possible , c'était le cœur des Français plus que leur couronne que ce i>OD prince voulait conquérir, et il regardait comme leur bien légitime les récompenses qu'il eût été obligé en ce cas de donner à leiir préjudice à ceux qui auraient été les auteurs de son éleva-» tion.

Pour dernier motif de retraite, il arriva, peu de temps après mon retour à Mantes , que ma plaie de la bouche, du coup que j'avais reçu dans cette malheureuse rencontre de Chartres , vint à se rouvrir , ce qui m'obligea de me transporter à Rosny, pour me faire guérir radicalement , et prévenir les suites presque toujours fâcheuses des blessures de cette nature. J'y fis quelque séjour. Après une vie aussi tumultueuse que celle que j'avais menée jusqu'à ce moment, j'y goûtais le plaisir pur que la vie retirée offre à ceux qui ont arraché leur cœur à l'ambition. Je m'y amusais aussi à écrire tous les événemens variés auxquels la fortune m'avait exposé pendant vingt ans.

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