‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 194 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

cavalerie n'arriva qu'après l'action commencée. Les nôtres s'avancèrent avant le soleil levé , et , s'attacliant au premier retranchement, ils couchèrent par terre cent de ceux qu%le défendaient. Les autres prirent la fuite vers Id^pK^ond retranchement; et n'y portant que leur peur , ce second retranchement, quoique beaucoup meilleur que le premier, fut forcé de même , et avec ime perte consi^rable.

Thémines , regardant le tout de dedans la place^ seconda les attaquans, et fit une sortie si à propos, qu'elle acheva de tourner la tète aux assiégeans. Leur cavalerie se fit voir en ce moment à la tête de leur camp ; mais , au lieu d'arrêter le désordre, elle n'eut pas plus tôt aperçu que les huit cents hommes de réserve avec trois cents chevaux s'ébranlaient pour venir contre elle , qu'elle prit le mouvement de tout le reste de l'armée , et chercha son salut dans la fuite. La peur croissant à chaque momeiit, ce ne fiit bientôt qu'une déroute générale, qu'il ne fut pas possible à Joyeuse d'arrêter. Entraîné lui-meqaeavec les fuyards, il gagna un pont de planches et. àe cordes qu'il avait fait jeter sur le Tarn, .he nombre de ceux qui se précipitaient de ce côté ayant surchargé ce pont, il fondit en ce moment sous Joyeuse , et l'engloutit dans la rivière , sans qu'aucun de ceux qui étaient avec lui en réchappât. La peur aveuglait si fort le

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reste de ces troupes , que , s'imaginant encore voir un pont à la place où il n'était plus , elles se je* taient dans les flots en cet eijidroit de la rivière. U périt en cette occasion , par l'épée ou par l'eau , plus de trois lÂille hommes de pied et de quatre cents chevaux : perte énorme pour une armée si peu considérable, au lieu que les royalistes ne perdirent pas trente homnïes. Les bourgeois de Villemur regardaient de dessus les remparts ce spectacle étonnant avec une joie mêlée de surprise et d'horreur, qui leur faisait comparer un dSet de la peur qui tient du prodige avec ce que l'histoire sacrée nous rapporte des Égyptiens au passage de la mer Rouge. Mais il est temps de re* venir au roi.

Ce prince, ayant passé en Picardie, envoya le maréchal de Biron assiéger Épernay , pour donner de l'occupation à ses troupes. Ge siège fut long et opiniâtre. Biron y fut tué d'un coup de canon * ; et si le roi , qui pendant ce temps-là se tenait à Compiègne, ne se fut pas déterminé à se montrer

' Qoi lui emporta la tête. Il était presque aussi savant dans les lettres que dans la guerre. De Thou regrette fort la perte que nous avons faite de ses commentaires. Il commanda en chef dans sept batailles , et portait autant de cicatrices des blessures qu'il y avait reçues. Il fut parrain du cardinal de B-ichelieu , auquel il fit porter son nom de baptême. La ville de Gontaut en Agenois a 'donné son nom à cette maison. Voyez aussi Féloge de ce maréchal dans Brantôme,

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lui-même devant cette ville, on aurait eu de la peine à la prendre. Il défit un puissant secours qui cherchait à se jeter dans la place , et l'obligea enfin à se rendre.

Les fonds lui manquant absolument, il fut obligé , après cette expédition , de licencier tout ce qui lui était resté de troupes étrangères. Il demeura encore quelque temps dans ses quartiers , sur le bruit qui se répandit que le prince de Parme allait repasser pour la troisième fois en France , pour exécuter les grands projets qu'il avait formés contre le roi. La mort de ce général arriva ' trèsheureusement pour tirer d'inquiétude Henri, qui ne se voyait point en état de résister à un tel ennemi. L'armée espagnole, ayant perdu son chef, se dispersa. Le temps de lui nommer un successeur laissa au roi celui de respirer. Il se rapprocha

* A Arras, dans Tabbaye de Saint-Vaast. On accusa les Espagnols de l'avoir empoisonné par jalousie; mais la blessure qu'il avait reçue en Normandie l'année précédente, jointe à sa mauvaise conformation, est la seule cause de sa mort, comme ou le reconnut à l'ouverture de son corps. Cayet, ihid. 90. Voyez, dans de Thou, liv. 104, l'éloge de ses grandes qualités. Son. corps fut porté en Italie par la Lorraine, accompagné de cent soixante chevaux caparaçonnés de noir. Il n'avait que quarante-huit ans. Il se plaignit d'avoir été deux fois empoisonné, par les Espagnols, si l'on ai croit d'Aubigné, qui assure que. les Italiens en furent si fort persuadés , que depuis ils tie purent compatir aVec les Espagnols (tome 3 , liv. 3 , chap. 28 )i et c'est aussi l'opinion de Bongars, liv. 49*

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' de Paris, et ne songea qu'à tirer parti de Féloignement des Espagnols.

Je ne suivis point le roi dans tout ce voyage de Picardie. Je me rendis à Mantes, où, retrouvant madame de Châteaupers dans des dispositions favorables à mon amour, je m'unis avec cette dame par un mariage qui fut célébré à Mantes le même jour que le prince de Parme ' passait avec son armée par Houdan.

Pour tout dire , la politique du roi n'était point de mon goût. Je?voyais avec chagrin que la ;çiécessité des temps le soumettait à toutes les volontés des catholiques de son parti; et que tous les protestans demeuraient sans récompense, et étaient comptés pour rien, surtout depuis que le départ des troupes étrangères avait donné à leurs adversaires toutes sortes d'avantages sur eux. J'avais en mon particulier éprouvé tant de fois les

' Ce ne put être que le 23 ou 24 mai , le prince de Parme n'ayant passé la Seine que la nuit du 21 au 22. Il y a donc erreur , soit dans le nouveau journal de Henri III , imprimé en 1720, où, page 271, ce mariage du duc de Sully est marqué célébré le 18, soit dans les mémoires de Sully. La seconde femme de Rosny s'appelait Rachel de Cochefilet , fille de Jacques, seigneur de Vaucelas, et de Marie d'Arbaleste, et avait été mariée en premières noces avec François Hurault» sieur de Châteaupers et de Marais, mort en iSgo. Elle mourut après le duc de Sully, dans Tannée lôSg, âgée de quatre-

vmgt- treize ans.

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