‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 197 sur 231 · LIVRE GIIfQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE GIIfQUIÈME

je sentais bien que j'allais me remettre tout de nouveau. Dans le second de ces voyages, un jour que je me promenais près de Dreux, entre les villages de Maroles et de Goussainville , je fis rencontre de dix ou douze hommes de pied qui , sitôt qu'ils nous eurent aperçus, se jetèrent dans les bois dont tout ce pays est couvert. Je marchai promptement vers eux , et j'en fis prendre deux , les seuls de toute la bande qui n'eussent point abandonnélegrand chemin. C'étaient deux paysans qui revenaient de Paris, où ils avaient vendu de la volaille. Je les questionnai ; ils me répondirent avec une grande ingénuité qu'ils avaient coutume de ne marcher, que la nuit , pour" éviter toutes les mauvaises rencontres qu'on Êdt ordinairement sur cette route pendant le jour ; mais qu'ils s'étaient enhardis cette fois, se voyant en compagnie de neuf ou dix personnes , dont ils ajoutèrent que deux ou trois étaient domestiques de MM. de Mercœur, de Medavy et de Vieuxpont.

Je n'en attendis pas davantage pour faire courir après ces trois hommes , dont le voyage mystérieux piquait ma curiosité. Il fut impossible de les joindre; mes gens se saisirent seulement de deux autres hommes de la bande, qui étaient de Verneuil , dont je ne pus rien tirer par menaces. Je pris une autre voie, je leur donnai quatre écus d'or, et leur en promis encore davantage, s'ik I. ^7

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voulaient m'apprendre tout ce qu'ils savai^it de ces trois domestiques. Ils me dirent de les suivre, et me menèrent droit à un gros chêne creux et environné d'un buisson fort épais, où ils me dirent que ces valets s'étaient arrêtés, et avaient jeté dans le tronc de cet arbre les pajners dont ils étaient chargés. £n effet , j'y trouvai deux boîtes de fer blanc , et un sac de coutil qui en paraissaient pleins. Je me consolai d'avoir laissé échapper les messagers, et après avoir saCisfsdt ces deux hommes , je repris le chemin de Rosny , très-inbpatient d'ouvrir mes paquets.

Ils me parurent tels que je les souhaitais. Je trouvai d'abord 'force commissions pour lever des gens de guerre de la part du doc de Mayenne , plusieurs lettres écrites en cMffîies , de la propre main de ce général au duc de Mercœur. Des pièces plus importantes attirèrent bientôt toute mon attention. Elles concernaient le tiers-parti, dont on commençait alors à faire du bruit, et parmi celles-là, je tombai sur deux mémoires qui me semblaient de la dernière conséquence. Le premier était le mémoire des demandes que le président Jeannin * avait faites à l'Espagne au %xGai du duc de Mayenne ; et le second renfermait la réponse faite à ces conditions par l'archiduc £r-

' René Jeannin, baron de Montjeu, président au pariemrnt de Dijon.

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