LIVRE CINQUIÈME
mêmes sur leurs excessives prétentions, à convenir qu'en élevant trop haut de légers services , ils mettaient le roi dans l'impossibilité de les satisfaire; enfin à se contenter de chercher leur intérêt dans l'intérêt général de l'état; que les premiers à qui l'on verrait prendre ce parti seraient ceux qui , n'étant portés à demander des satisfactions que par l'instigation des puissances étrangères , avides peut-être de les partager avec eux , connaîtraient l'injustice de leur procédé à mesure que croîtrait leur haine contre ces étrangers; que ces mêmes étrangers , voyant que le roi accorderait si facilement, feraient demander par d'autres ce qu'ils croiraient ne pouvoir obtenir euxmêmes.
Je fis enfin envisager au roi que, quelque changement qu'il arrivât dans les affaires, il ne pouvait être si subit , qu'il ne fût en son pouvoir de l'empêcher, puisque peu de paroles suffisaient pour cela; au lieu qu'en temporisant, on éclairait les démarches des uns et des autres , et l'on rompait secrètement ce qu'il pouvait y avoir de liaison entre eux, jusqu'à ce qu'il ne tînt plus, pour une entière conclusion , qu'à donner quelques satisfactions à ceux qui étaient réellement eirdroit d'en demander. Pour amener les choses heureusement à ce but, je ne voyais rien de meilleur à faire que de suivre constamment la conduite que le roi
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avait tenue jusqu'à ce moment; bien recevoir tout le monde, promettre peu, paraître désirer de finir, remettre toute la faute du retardement sur les obstacles , et travailler assidûment à les lever. C'est avec une conduite semblable qu'il me semble que devraient se traiter presque toutes les affaires politiques un peu épineuses. On sait assez que la différence entre la précipitation et la diligence est que celle-ci , ennemie de l'inaction et de la paresse, aussi bien que l'autre, ne fait pourtant aucun pas sur lequel elle ne consulte le jugement; et cependant on les confond , dans la pratique , presqu'à tous les instans.
En parlant de la sorte au roi , sa conversion était toujours le fondement que je supposais , et sa majesté , en ne contredisant rien , me fit connaître que cette formalité ne l'arrêterait pas. Je n'ajoutai plus qu'une chose, c'est que, pour ne pas laisser dégénérer cette négociation en querelle bourgeoise et en parlementage comme faisaient ses adversaires , il fallait l'entremêler de quelque expédition militaire. Y ayant beaucoup d'autres raisons à joindre à celle-ci , j'offris au roi de les lui mettre par écrit. Ce prince me répondit qu'il n'en était pas besoin; qu'il croyait comprendre tout ce que je pouvais avoir à lui dire , et que, quand il aurait le temps lui-même, il m'entretiendrait sur, un système par lequel il lui