‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 33 sur 231 · LIVRE PREMIER. 6l · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. 6l

vingts chevaux, et vint à Montauban. Il trouva cette ville si consternée, et si peu en état de se défendre contre les troupes de Montluc ' qui s'approchaient, qu'ayant osé conseiller de tenir bon, |1 courut risque d'être livré lui-même à Montluc, ce qui l'obligea de se retirer précipitamment. En s'éloignant de Montauban, cette petite troupe tomba sur un parti de quatre cent cinquante chevaux de Reinnée de Montluc, et, cherchant à mourir glorieusement , elle fit des actions de valeur si prodigieuses, qu'elle tailla en pièces ce parti. Reniers retourna annoncer cette bonne nouvelle à Montauban ; il y fut obéi cette fois , et les portes furent fermées à Montluc. Cette résistance , et la résolution de Montauban se communiquant de proche en proche, trente villes suivirent son exemple, et se conduisirent de manière que les prptestans , ce que l'on n'aurait jamais osé penser, obligèrent les catholiques à se tenir eux-mêmes sur la défensive.

Ceux-ci avaient d'abord tourné toutes leurs forces contre la Rochelle et Sancerre, qu'ils avaient investies , profitant de la terreur générale. Ces entreprises ne réussirent pas. Sancerre, après avoir souffert toutes les horreurs d'une famine dont on ne trouve point d'exemple dans les histoires, fit

' Biaise de Montluc , maréchal de France.

Sa MÉMOIRES DE SULLY.

tirai avec le même bonheur. Enfin j'arrivai au collège de Bourgogne : un péril bien plus grand encore m'y attendait. Le portier m'ayant deux fois refusé l'entrée, je demeurais au milieu de la rue à la merci des furieux , dont le nombre ne faisait qu'augmenter, et qui cherchaient avidement leur proie, lorsque je m'avisai de demander le principal de ce collège, nommé Lafaye, houune de bien et qui m'aimait tendrement. Le portier, gagné par quelques petites pièces d'argent que je Itft mis dans la main, ne me refusa pas de le faire venir. Cet honnête homme me fit entrer dans sa chambre , où deux prêtres inhumains, à qui j'entendais faire mention des Vêpres siciliennes , essayèrent de m'a^iracher de ses mains pour me mettre en pièces, disant que l'ordre était de tuer jusqu'aux enfans à la mamelle. Tout ce qu'il put faire fut de me conduire très-secrètement dans un cabinet écarté, où il m'enferma sous la clef. J'y demeurai trois jours entiers, incertain de mon sort, et ne recevant de secours que d'un domestique de cet homme charitable , qui venait de temps en temps m'apporter de quoi vivre. Au bout de ce terme, la défense de tuer et de piller ayant enfin été publiée , je fus tiré de ma cellule; et presque aussitôt je vis entrer dans le collège Perrière et La Vieville , deux archers de la garde , créatures de mon père. Ils venaient savoir ce que j'étais devenu , et étaient armés sans doute

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