LIVRE PREMIER
à chacun desquels, j'entends des principaux, on imputait un crime capital , afin de donner , s'il était possible , à une boucherie détestable le nom et la couleur d'une exécution dejustice.Ces lettres furent adressées aux gouverneurs des provinces, avec ordre de les faire publier, et de poursuivre le reste des prétendus coupables. Je dois ici une mention honorable aux comtes de Tende ' et de Charny ; à
encore constant que ce prince alla avec sa cour voir le corps de l'amiral pendu par les pieds avec une chaîne de fer au gibet de Montfaucon, et qu'un des courtisans ayant dit qu'il sentait mauvais, Charles IX répondit, comme Yitellius : Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon. Je rapporte ces deux anecdotes d'après l'auteur de la Henriade, dans ses notes , p. 32 et 37.
' Claude de Savoie, comte de Tende, sauva la vie aux protestans en Dauphiné , et dit en recevant la lettre du roi que ce ne pouvait pas là être l'ordre de sa majesté. Eléonor de Chabot, comte de Charny, lieutenant-général en Bourgogne ; il n'y eut qu'un seul calviniste tué à Dijon. François de Mandelot , gouverneur de Lyon ; il eut dessein de sauver les réformés, qui furent néanmoins tous massacrés dans les prisons où il les avait fait assembler. De Thou dit qu'il feignit seulement de l'ignorer. Bertrand de Simiane, sieur de Gordes, homme fort estimé ; N . . . . de Saint-Héran de Montmorin , gouverneur d'Auvergne; il dit qu'il n'obéirait point, si le roi n'était présent en personne. Tanneguy-le- Veneur, lieutenantgénéral en Normandie, homme plein de probité et d'humanité; il fit tout ce qu'il put pour les garantir à Rouen ; mais il n'en fut pas le maître. N vicomte d'Hortes ou d'Ortes, gouverneur de toute cette frontière. Voici sa réponse au roi : « Sire,
(K» MÉMOIRES DE SUIXT.
MiVl. ile >LuKlelot, de Gordes, de Saint-Héran et lie llui'ou^os, qui refusëreot hautement d'exécuter un pareil Dixlre dans leurs gouvememens. Le picola te trUortes, gouverneur deBavonne, eut assez i\v. toruieté pour répondre à Charies, qui lui en a\ait écrit de sa propre main, qu'il ne devait sur ce point attendre aucune obéissance.
Ou fait monter à soixante-dix mille le nombre (les pix>testans massacrés pendant huit jours dans tout le royaume; et ce coup accablant porta si vivement la terreur dans le parti , qu il se crut luiinéme éteint , et qu' on n'y parlait plus que de se soumettre , ou de fuir dans les pays étrangers. Un coup de vigueur inespéré rompit encore une fois cette résolution. Un gentilhomme réformé, nommé Reniers * , échappé par une espèce de miracle des mains du sieur de Vesiiâ, son plus cruel ennemi , se sauva avec le vicomte de G ourdou et quatre-
« j*ai communiqué le commandement de votre majesté à ses a fidèles habitans et gens de guerre de la garnison, je n'y ai « trouvé que bons citoyens et braves soldats , mais pas un « bourreau , etc. » De Thou , liv. 5a et 53 ; tfAubignéy t. a , liv. I , etc.
* Il V a erreur dans les mémoires de Sullv en*cet endroit : ce fut Vesins lui-même, homme d'un caractère farouche, mais pourtant très-honnète homme, qui sauva la vie à Reniers, dont il était Tennemi depuis long- temps , et dont il ne cessa pas pour cela de Tètre. Voyez cette histoire singulière dans de Thoiiy liv. 5a.