‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 35 sur 231 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sirent de plusieurs villes '. Montgommery ^ repassa d'Angleterre en Normandie, où il se fortifia. La reine-mère était alors avec toute la cour à Saint- Germain-en-Laye^^Elle songea du moins à faire en sorte quelles princes ne lui échappassent point : ce qui ne H^mbarrassait pas médiocrement , à cause des entreprises qu'on faisait chaque jour pour les tirer de ses mains. Guitry et Buhy ^ s'approchèrent un jour de Saint-Germain à main armée , et pensèrent les enlever. L'alarme fut grande ; mais , les conjurés n'ayant pas bien assuré leur coup, Catherine eut le Mlllps de s'enfuir avec les princes à Paris , où elle fi*couper la tête à Coconnas ^ et à La Mole, auteurs du complot, et emprisonner les maréchaux de Montmorency et de Cossé. Après cela, elle donna des gardes au roi de Navarre et

* Fontenay, Lusignan, Melle, Pons, Tournay-Charente , Talmont, Rochefort, Oriol, Livron, Orange et autres places en Poitou , en Languedoc , en Dauphiné , etc.

" Gabriel, comte de Montgommery, le même qui avait blessé Henri II.

' Jean de Chaumont, marquis de Quitry ou Guitry; Pierre de Momay, seigneur de Buhy, frère de Duplessis Mornay. Voyez le détail de cette entreprise dans la Fie de Duplessis Momay, liv. i , p. 26.

* Joseph-Boniface de La Mole, Annibal, comte de Coconnas, Piémontais. « L'amour et la jalousie firent périr La Mole « et Coconnas, aimés de deux grandes princesses (la reine de « Navarre et la duchesse de Nevers), » disent les Mémoires de NeverSy t. i ,p. 75.

au duc d'Anjou. Elle envoya aussi des soldats à Amiens , pour arrêter et amener le prince de Condé, qui y était soigneusement observé. Il en fut averti, se déguisa , et , trompant ses surveillans , il s'enfuit heureusement , lui troisième , en Allemagne , où il fut déclaré , en arrivant , généralissime des troupes de la religion en France.

La reine-mère ne balança pas à faire marcher contre les huguenots toutes ses forces divisées en trois armées. Matignon ' conduisit la première en Normandie, où Montgommery , n'ayant que trois ou quatre places ^ assez peu oi^(|§idérables, fut bientôt défait, et obligé de se rendre entre les mains

' Jacques de Matignon, maréchal de France, mort en 1S97. Ce sei{;neiir mérite toutes les louanges que deThou lui donne, par ses grandes qualités, surtout par son attachement inviolable à la personne du roi, qualité peu commune en ce tempslà. i)^ TÂouyUv.ee.

* Carantan, Yalogncs, Saint-Lo', Domfront; il fut pris dans cette dernière, se battant en désespéré. Il me semble qu*on ne saurait prendre de juge moins suspect que d'Aubigné, qui était zélé calviniste, dans la question de la prétendue parole donnée au comte par ce maréchal. » La place fut rendue 1 <i dit-il , avec assurance de la vie à tous , hormis au comte » « qui n*eut que des promesses captieuses , comme de n'être « mis en autres mains que celles du roi ; j*assure cela , quoi- (i qu'on ait écrit autrement : il n'y a eu que trop de perfidie en « France , sans en inventer , etc. » Tome 1 , liv. 2 , chap. 7.

Montgommery reçut la mort en héros. De Thou, ibid. Brantôme f etc.

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