LIVRE PREMIER
de ce maréchal, qui le fit conduire à Paris, où il eut la tête tranchée. La seconde , sous M. le duc de Montpensier ' , alla investir Fontenay , et ensuite Lusignan , qu'il prit malgré la belle défense du vicomte de Rohan ^. Le prince dauphin ^ , qui commandait la troisième , prit aussi quelques petites places en Dauphiné , et , s'étant attaché à Livron , il en leva honteusement le siège. Tout fut suspendu, et une partie des généraux rappelés à la cour, à l'occasion de la mort du roi, qui arriva le jour de la Pentecôte de cette année. Ce prince mourut au château de Vincenhes , dans les douleurs les plus aiguës, et baigné dans son sang. En cet état, le malheureux jour de la Saint-Barthélemi fut sans cesse présent à son esprit. Il marqua par ses transports et ses larmes le regret * qu'il en ressentait.
' François de Bourbon. Cette branche de Montpensier sort d'un Louîs de Bourbon, second fils de Jean II de Bourbon.
■ René, vicomte de Rohan, mort en i586.
^ C'est le nom que portait François de Bourbon, fils de M. le duc de Montpensier. Mémoires de Brantôme.
* « Il envoya chercher le roi de Navarre , auquel seul il « avait reconnu de l'honneur et de la foi, et lui recommanda «très-affectueusement sa femme et sa fille. » (Péréf. ibid.) Il dit en mourant qu'il était bien aise de ne point laisser d'enfans , qui auraient été trop jeunes pour gouverner dans des temps aussi difficiles. Montluc, de Thou, et presque tous les historiens, conviennent que , s'il avait vécu, il eût été un fort grand ' roi. Il avait beaucoup de courage, de prudence, d'éloquence, de pénétration , d'économie, de sobriété : il aimait les savans
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Le cardinal * de Lorraine mourut aussi cette même année en terre papale , la surveille de Noël , jour remarquable par une des plus effroyables tempêtes qu'on ait jamais vues.
Le roi de Pologne fut averti en treize jours de la mort du roi, son frère; et dès la nuit suivante, il se déroba de la cour , et s'enfuit. Il visita en passant l'empereur Maximilien et le duc Charles de Savoie, et prit sa route par Venise''. On lui donna dans tous ces endroits le conseil, également sage
et les belles-lettres ; mais il était colère et grand jurcur. Il n'avait pas encore vingt-cinq ans. On lui trouva plusieurs meurtrissures dans le corps. Di* Thou, ibid.
Cependant il n'y a pas de preuves , quoi qu'en dise l'auteur de la légende de D. Claude de .Guise, qu'il ait été empoisonné. La cause de sa mort vint des exercices violens qu'il faisait, ou de la c^rande quantité de bile qui lui rendait souvent les yeux tout jaunes. Il avait la taille haute, mais peu droite, les épaules courbées, les jambes faibles et menues, le visage pâle, les yeux hagards, et la physionomie farouche. Voyez Matthieu, t. 1 , à la fin du sixième livre; et la vie de ce prince, que Papire Masson a écrite en latin.
' Charles , cardinal de Lorraine , archevêque de Reims. Voyez son caractère dans les Mémoires de Brantôme. « Il « mourut à Avignon , dit-il , empoisonné , si nous voulons « croire la légende de Saint-Nicaise, » p. i38, et très-chrétiennement, au rapport de Matthieu, qgi fait son éloge, 1. 1, liv.7, p. 407.
* Consuhez Matthieu , t. i, au commencement du septième livre, sur la sortie de Henri III de Pologne, et sur les particularités de son voyage.